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Olivia Putman & Christian Terrassoux

Une designer à la stature internationale. Un promoteur immobilier de renom. Un immeuble de logements de luxe dans le cœur de Saint-Germain-des-Près. Prenez les trois et vous obtenez le début d’une collaboration tout à la fois riche et inattendue. Rencontre entre deux figures qui partagent finalement beaucoup de valeurs, au-delà même du design…

Par Sandra Roumi

in interiors : Racontez-nous votre première rencontre et votre première collaboration…

Olivia Putman : L’histoire de notre première rencontre, c’est l’histoire d’un coup de foudre entre deux personnalités issues de deux mondes très différents. Tout a commencé par une conversation à bâtons rompus, de celles dont on rêve parce que riche, spontanée et intense entre un promoteur et une architecte d’intérieur. Naturellement, nous avions beaucoup à apprendre à la fois l’un de l’autre mais aussi de nos univers respectifs. Il me décrivait un monde que je ne connaissais pas et sur lequel je pouvais avoir un préjugé négatif, la promotion immobilière. Et avec mon approche du design et de l’architecture intérieure, j’ai senti que je pouvais apporter mes réponses à ses préoccupations très concrètes.
Très rapidement, Christian m’a dit : « J’ai un sujet pour toi. » Ce sujet, c’était, en 2013, « Esprit Sagan », une très belle opération de logements haut de gamme dans le 6e arrondissement qui se distinguait déjà par son innovation technologique. Effectivement, cette première opération a scellé notre collaboration.

Christian Terrassoux : Avant de rencontrer Olivia, je connaissais bien évidemment le travail de sa mère, Andrée, et de son Studio dont j’appréciais l’intemporalité, la modernité et l’écriture architecturale. Je suis notamment sensible à la façon dont Olivia a continué à écrire l’histoire de ce Studio à la production exceptionnelle, qui est intervenu sur tant de pans de notre vie : la scénographie, les parfums, les résidences… La fidélité est une vertu qui m’est chère.
La rencontre avec Olivia, c’est vraiment une rencontre entre deux mondes, deux mondes qui parfois – et à tort – ne se parlaient pas beaucoup. Avant de la connaître, j’avais quelques réticences – je le concède – à l’égard des designers qui veulent imposer leurs vues, toutes leurs vues. Olivia avait aussi, je pense, quelques idées sur le monde de la promotion privée. Finalement, on a beaucoup échangé car elle est très à l’écoute, très ouverte sur les autres. Lui confier le design intérieur d’« Esprit Sagan », c’est d’abord un clin d’œil à sa mère, cette grande artiste tellement attachée à l’esprit de Saint-Germain-des-Près. C’est aussi la volonté de lui confier une histoire à raconter comme dans un film. Le résultat est une très belle alchimie entre le promoteur, le designer, l’architecte et les artistes. Travailler ensemble aura, je le crois, été, chacun dans notre monde, une façon de nous élever.

« Au final, lui comme moi, nous tentons toujours de mettre l'humain au centre du projet. C'est véritablement la fièvre qui nous anime »

— Olivia Putman

ii : Quelles sont les valeurs de design et d’architecture intérieure que vous partagez ?

OP : Ma conception est celle d’un design inscrit dans la vie et pris dans son mouvement. Le design pour le design ne m’intéresse pas. C’est la raison pour laquelle j’essaye toujours de faire correspondre mon expérience personnelle avec ce que j’invente. Trouver des échos entre la manière dont on pense la vie, les relations et les lieux que l’on crée pour d’autres est une quête permanente. Par exemple, lorsque je dois travailler pour des bureaux, je pense au plaisir que j’ai à y venir moi-même, à retrouver mon équipe, à cette impression de s’y sentir vraiment bien. Le détour par ce sentiment permet de mieux projeter cette harmonie dans un autre espace. Mon travail ressemble à une interrogation permanente pour entendre ce dont quelqu’un d’autre a besoin, pour inventer un espace équilibré entre la fonction et l’aspect, l’efficience et la beauté.

CT : Je suis avant tout un amoureux de l’élégance, de la simplicité et des choses qui traversent le temps sans s’abîmer ni se dater en provoquant toujours le même sentiment, ce qui représente pour moi la définition même de la modernité. Je suis également très attentif à la qualité et au choix des matières. Sur « Esprit Sagan », Olivia a su nous écouter, prendre en compte nos demandes et accoucher d’une proposition d’intemporalité qui se retrouve un peu partout, que ce soit dans le hall, dans les paliers d’étages ou dans le choix du mobilier.

« Esprit Sagan a révélé notre convergence de vues et scellé notre complicité »

— Christian Terrassoux

ii : Comment définir le style Putman/Terrassoux ? Et comment les deux se marient-ils ?

OP : Impulsif, grand timide devant l’éternel et grande gueule, Christian Terrassoux déborde d’humanité. Nous partageons cet amour de l’autre même si nous n’aimons pas beaucoup en parler. Je suis admirative de son parcours personnel, de son attachement à sa terre natale, la Corrèze, de la fidélité aux siens et de son engagement en faveur de causes très sociales comme les logements d’urgence. Au final, lui comme moi, nous tentons toujours de mettre l’humain au centre du projet. C’est véritablement la fièvre qui nous anime.
Par ailleurs, professionnel visionnaire, il a une profonde et réelle réflexion sur les usages, le souci des matériaux, l’exigence de la qualité. J’aime son goût du détail, son attachement à faire de ses logements des endroits confortables, chaleureux, dessinés et pensés.
Avec Christian, j’ai appris à travailler à une vitesse différente, celle de son métier de promoteur. Il nous emmène à 200 à l’heure, les choses vont vite, les yeux et les oreilles sont grands ouverts. Il va dans les moindres détails, Son exigence nous conduit toujours plus loin que nous ne l’avions imaginé au début de l’aventure. C’est un parrain, il m’a véritablement appris les valeurs fondamentales de ce métier passionnant. J’ai tout de suite compris que le respect des délais et du budget sont fondamentaux. Exigeante comme lui, je partage la conviction qu’il faut toujours aller dans le sens du projet.

CT : Au-delà de ces valeurs communes que nous partageons, Olivia a écouté, appris de nos exigences en matière de délais et de budget. De mon côté, j’ai laissé la designer travailler sans interférer dans son œuvre. Nous avons fait un bout de chemin chacun l’un vers l’autre. Et le résultat est formidable. Elle a notamment eu l’intelligence de jouer sur le contraste entre le noir et le blanc, les couleurs de mon club de rugby de Brive. « Esprit Sagan » a révélé notre convergence de vues et scellé notre complicité.

ii : Putman/Terrassoux : un partenariat d’avenir ?

OP : « Esprit Sagan », notre première collaboration commune, aura ouvert le champ à une grande amitié professionnelle. Après cette opération de logements qui a battu des records de prix à Paris, nous planchons ensemble sur des sujets très différents. À l’instar de ce salon de coiffure – le Salon Desfossé, avenue Matignon – que je viens de revisiter. À l’instar également de trois villas à Saint-Barthélemy dont Christian m’a confié l’architecture intérieure et pour lesquelles il a dessiné les plans.

CT : La première collaboration s’est tellement bien passée que j’ai voulu confier à Olivia le design de ce grand salon de coiffure auquel nous nous employons à redonner une modernité.
Par ailleurs, j’ai fait également appel à elle sur plusieurs villas à Saint-Barthélemy, une île qui souffre d’un décalage entre son image et la réalité. J’y suis retourné trois jours après le terrible ouragan et l’île était devenue grise. Un mois plus tard, cependant, la nature avait repris ses droits. Ensemble, nous allons travailler pour donner un petit coup de pouce à ce site magnifique. Et demain, avec Olivia, nous travaillerons dans d’autres domaines que celui de la promotion privée.

ii : C’est quoi pour vous le logement idéal ?

OP : J’apprécie que les promoteurs soignent de plus en plus les parties communes avec, par exemple, un hall double hauteur et une lumière sophistiquée comme le fait Christian. Entre l’offre commerciale, les émissions, les magazines, on est dans la « déco » jusqu’au cou. L’offre est tous les jours plus importante pour combler les besoins de chacun.
Il est temps de penser que le lieu où nous habitons toute l’année soit aussi bien dessiné que les hôtels où nous séjournons quelques jours par an. Il est intéressant d’apporter un regard neuf pour bousculer certaines habitudes de la promotion. Soigner chaque détail, de l’interrupteur au meuble vasque, permet d’offrir une expérience différente. C’est pourquoi décorer un lieu, imaginer un espace, le penser dans chaque détail, n’est pas futile. C’est ainsi que je conçois mon métier, comme une tentative pour embellir la vie immédiate.

CT : Le logement idéal, c’est d’abord un plan. Chez Pitch, qui réalise bon an mal an 2 500 logements, nous avons réussi à imprimer une réflexion, une culture du plan à vivre, du plan évolutif. La réalisation est un art difficile, mais tous les promoteurs ont fait beaucoup de progrès, ont réussi à upgrader leur production à un niveau très satisfaisant en France. Le volume, la lumière, le design, l’art – Pitch est l’un des partenaires fondateurs de l’initiative du ministère de la Culture, « Un immeuble, une œuvre » – constituent les éléments d’un parcours abouti, d’un chemin vertueux.

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