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La qualité de vie au travail, concept durable ?

© Visuel d’illustration : Photographee.eu / Adobe Stock

Le lieu de travail se disloque, le numérique constituera bientôt notre premier poste d’émissions de gaz à effet de serre (GES) derrière l’alimentation, les transports, etc. Il convient de faire la part des choses entre effet de mode et tendance de fond. S’il est indéniable que les modes de travail sont en pleine évolution, les systèmes de valeur sont en recomposition dans nos rapports à la nature, à nous-mêmes et aux autres, d’autant plus dans une France à +1,5 °C, dans un monde qui a perdu plus de 60 % de sa biodiversité en 40 ans et dans un contexte de Gilets jaunes. Où se situe la qualité de vie (QVT) si le travail n’est pas durable ? Profil sociologique, âge, genre, taille d’entreprise et localisation de celle-ci constituent les principaux critères qui déterminent nos attentes en matière de confort et de bien-être sur notre lieu de travail. C’est ce que souligne l’étude de l’OID publiée en 2017[1].

C’est ce travail de profilage et de son évolution dans le temps que nous avons donc mené en 2018 et 2019, en collaboration avec Mana, l’Ademe et un groupe de professionnels de l’immobilier. Selon Stéphane Chevrier, sociologue et Président de la société Mana, la définition de confort et de bien-être se situe autour de quatre dimensions principales : sociales, psychologiques, physiologiques et fonctionnelles.

Autrement dit, notre qualité de vie se situe au croisement de notre système de valeur, nos aspirations et ce que nous vivons. Dès lors, on peut définir des axes principaux qui conditionneront ces dimensions, notre âge, notre nomadisme, notre acceptation de la porosité personnelle/professionnelle… Autant de directions qui permettront de définir un projet de  QVT pour les collaborateurs.

Ainsi, les portraits proposés dans la prochaine étude de l’OID ne sont ni exhaustifs ni fixes. Le souhait est de mettre à disposition des acteurs immobiliers un outil de réflexion en partant de la diversité des travailleurs.

Opérations marketing, start-up, labels et acronymes barbares, où se situe la frontière entre effet de mode et tendances de fond ? Difficile à dire. Multiplication par dix des espaces de coworking en France, 20 % de télétravailleurs en moyenne en Europe, nombre de travailleurs indépendants qui s’est développé dix fois plus vite que le nombre de travailleurs salariés depuis 2003…

Tout ceci contribue à développer un fantasme collectif autour du « Tous entrepreneurs nomades » de l’Observatoire Alptis [2], ce que nous appellerons le « jungleur » dans notre étude à paraître le 2 juillet. Ce super travailleur, archi nomade, archi connecté, en quête de nouveautés perpétuelles, n’est-il pas (trop) connecté ? Et peut-être (un peu) esseulé ?

D’où vient cette injonction pour la flexibilité ? Est-ce une nouvelle expression de la réussite de l’individu, de sa performance ?

Si ces évolutions des modes de travail, incarnés par le « jungleur », questionnent l’organisation des lieux de travail, l’empreinte environnementale numérique de celui-ci est déjà supérieure à celle de son empreinte énergétique à un poste de travail traditionnel. Par ailleurs, l’évolution des modes de travail conduit-elle réellement à une contraction du besoin d’espaces de travail, c’est à dire des ressources nécessaires à les produire ? La QVT n’englobe-t-elle pas une vision réductrice de la diversité du travail dans un contexte d’aspiration vers un retour au naturel ?

Pour conclure, si la recherche d’une certaine qualité de vie se doit d’être au centre de nos préoccupations pour nous et les autres, « toute vision du monde est une division du monde » (P. Bourdieu). La QVT a vécu.

[1] OID 2017 – Confort & bien-être dans un immeuble de bureaux
[2] Étude de l’Observatoire Alptis

 

Point de vue de Loïs Moulas, directeur général de l’Observatoire de l’immobilier durable (OID) et président de Wild Trees

Loïs Moulas © D.R.