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Carte blanche à Emmanuel Dujardin, Tangram Architectes

Emmanuel Dujardin et Christopher Green fondent Tangram Architectes en 2009 à Marseille.
Cette agence se positionne comme un acteur majeur de la mutation de Marseille menant des projets en propre et d’autres en collaboration avec des architectes de renom : Anthony Béchu, Jean Nouvel, sir Norman Foster, Tadao Andõ… Le Tangram symbolise la philosophie de l’agence : partage et complémentarité qui font son succès. Décryptage.

Tangram, c’est le nom choisi par l’architecte Emmanuel Dujardin pour son agence. Ce jeu, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un puzzle chinois composé de sept pièces – des formes géométriques élémentaires – avec lesquelles le joueur peut imaginer une infinité de combinaisons et créer toutes sortes de figures. L’assemblage patient et la complémentarité des pièces qui le caractérisent, définissent l’idée même qu’Emmanuel Dujardin veut transmettre de son métier : « Je reste convaincu que le travail en groupe et le partage des compétences rend les projets bien meilleurs. D’ailleurs, notre logo s’inspire d’un Tangram dont la pièce centrale, le carré, manque. Chaque personne peut venir à sa place compléter l’ensemble. »

Aujourd’hui, l’agence accueille 80 personnes de 15 nationalités différentes. Elle intègre sept pôles comparables aux sept figures du Tangram : urbanisme, paysage et espace public, logement, hôtel et équipement public, tertiaire et industriel, architecture intérieure et chantier. Avec une telle variété de compétences, Tangram se positionne comme un acteur de la mutation architecturale de Marseille en apportant son savoir-faire dans de nombreux projets structurants voire emblématiques, comme certains, fruit d’une collaboration avec des confrères, et non des moindres : Anthony Béchu, Michel Desvigne, Jean Nouvel… Mais aussi Tadao AndÕ, Norman Foster, Sou Fujimoto, Frank O. Gehry, Renzo Piano…

L’agence s’associe pour la première fois avec un autre cabinet à l’occasion de la transformation de l’ancien hôtel-dieu en un établissement cinq étoiles. Un projet pour lequel Anthony Béchu est mandaté. « Nous avons tout partagé sur ce projet, des études au chantier. Nous avons même appris à faire de l’architecture d’intérieure pour hôtel de luxe », explique Emmanuel Dujardin. S’ensuivent les projets de Château La Coste, près d’Aix-en-Provence, en collaboration avec Tadao AndÕ, de requalification du Vieux-Port avec Michel Desvigne et sir Norman Foster, et récemment, de la tour La Marseillaise avec Jean Nouvel. « Nous accompagnons l’architecte qui conçoit. Cela peut concerner le permis de construire, l’accessibilité, l’administratif… Parfois nous coconcevons. Mais, à chaque fois, nous apprenons, nous renforçons notre savoir-faire. »

Dans la continuité, CitéFab, le lab intégré à l’agence, procède de ce partage. « C’est la même idée. Fort de la notoriété que nous avons acquise à Marseille, nous désirons aider les jeunes à démarrer en se mettant dans nos roues. » Documents, temps, matériel, conseils sont mis à leur disposition. Et, avec à cœur de faire connaître, partager et transmettre son métier, Emmanuel Dujardin n’en reste pas là puisqu’il enseigne à l’École supérieure de la promotion immobilière (Espi). L’objectif pour lui ? « Apporter des notions d’architecture à des étudiants qui travailleront avec des architectes dont ils méconnaissent le métier, les valeurs, la logique de projet. Ils doivent apprendre à coconcevoir un programme avec eux. »

Le métier d’architecte change. Partage et complémentarité en sont-ils l’avenir ? La pratique au sein de l’agence Tangram semble l’affirmer. 

 

Après l’ombrière, l’aéroport

Et rebelote ! L’agence Foster + Partners, après la réalisation d’une ombrière sur le Vieux-Port en collaboration avec Tangram Architectes, revient dans la cité phocéenne avec l’extension du terminal 1 de l’aéroport Marseille-Provence, toujours en association avec l’agence marseillaise. L’architecte britannique côtoie aussi pour la deuxième fois l’architecture de Fernand Pouillon. Si sur le Vieux-Port, il a cherché à s’en soustraire, à l’aéroport, il souhaite dialoguer avec son bâtiment datant des années 1960. « Par respect, le projet consiste en une transposition au XXIe siècle de l’existant. Les proportions ont été conservées mais doublées », explique Emmanuel Dujardin. Le bâtiment présente une trame deux fois plus large et une hauteur doublée. Il reprend également le plafond à caisson pour faire entrer la lumière naturelle. Avec une grande déférence à l’égard de sir Norman Foster, Emmanuel Dujardin ajoute : « La technologie est là. Foster utilise le moins de matière possible afin de maximiser l’apport de lumière naturelle. Ce projet représente une évolution de ce que Pouillon aurait pu faire, mais avec les outils et le talent de Foster. »

D’une surface de 20 000 m2 – dont 11 000 m2 dédiés au commerce et à la restauration –, l’édifice évoquera à l’intérieur les espaces publics des villes et villages de Provence : cours, places, placettes végétalisées, propices aux échanges et à la flânerie.

L’agence Foster & Partners, experte des aéroports, contrairement à Tangram, mène le projet mais implique pleinement l’agence marseillaise dans la conception, le planning et l’anticipation du chantier (qui démarre en 2020), etc. Et Emmanuel Dujardin de conclure : « À l’agence, nous n’avons pas un ego démesuré qui pousse l’autre au dehors. Nous sommes au service du projet. » C’est sa force.

© Gabrielle-Voinot