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et du pouvoir des lieux.

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Anne-Laure visite… le nouveau quartier de Hudson Yards, à New York

Attention, ça bouge dans l’ouest de Manhattan… On parle même de la plus importante opération de promotion privée du pays depuis quelques décennies. 1,6 million de m², 11 ha, 16 gratte-ciels, 24 millions de touristes attendus… J’ai nommé Hudson Yards, le quartier de tous les superlatifs.

Je ne passais pas vraiment par là mais, entre la statue de la Liberté et le Tefaf, je suis allée faire mon petit tour pour comprendre de quoi il en retournait.

Pour situer… entre la 18th Street et la 30th courent les 2,3 km de la fameuse High Line, jardin suspendu, véritable respiration pour tout New-Yorkais digne de ce nom. D’un côté, le Meatpacking District qui a connu un bon relooking dans les années 2000 avec hôtel de luxe, boutiques tendances, musée et restauration haut de gamme ; de l’autre, les 60 blocs du nouveau quartier de Hudson Yards.

Allez savoir pourquoi, l’ouest de Manhattan est longtemps resté en friche. Des docks et des entrepôts, des hangars désaffectés et des squats… On était assez loin des paillettes de Broadway !

Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, laisser des quartiers entiers à l’abandon n’est plus vraiment dans l’ère du temps. Ainsi, premier coup de pelle en 2005 d’un chantier qui devrait prendre fin en 2024. Le projet n’est donc pas tout à fait achevé mais les contours de ce nouveau quartier sont déjà bien dessinés.

 

Recréer un centre de vie

L’architecture, aussi réussie soit-elle, ne fait pas tout. Aujourd’hui, on veut certes évoluer dans des espaces agréables, mais ce que l’on veut surtout c’est une qualité de vie ! Charge aux promoteurs de proposer des services, faire vivre une expérience différente et développer une offre différenciante, procureur des émotions, délivrer une qualité de services pour… une meilleure qualité de vie.

Ligne 7, Hudson Yards (nouvelle station pour l’occasion), tout le monde descend !

Alors que trouve-t-on en sortant du métro ? Un hôtel de luxe (Equinox), des boutiques tendances, un centre culturel et une restauration haut de gamme. Une impression de déjà lu ? Tout à fait ! Quelques lignes au-dessus ! Pour moi, Hudson Yards est le pendant du Meatpacking, version 2020… avec toutefois The Vessel en plus, l’œuvre d’art publique signée Thomas Heatherwick pour la modique somme de 150 M€ !

Hudson Yards, fleuron de ce que peut être un nouveau quartier

Évidemment, quand on part d’une feuille blanche (à une gare de triage près), le champs des possibles s’élargit.

C’est donc sur deux énormes dalles de béton qu’ont été construites des tours ultra-connectées permettant une collecte de data à l’échelle du projet soit… gigantesque. Consommation d’énergie, trafic ou encore sécurité, achat, fréquentation, stationnement…

À Hudson Yards, on scanne, on capte, on flash… la carte de paiement et le smartphone sont ici rois. La dématérialisation dans toute sa splendeur.

L’expérience shopping proposée se veut également disruptive. Le nerf de la guerre : attirer le client. Le nerf de la guerre bis : le faire rester le plus longtemps possible. The Shed et The Vessel attirent, quand les services et les exclusivités les font rester et acheter. Ainsi, Hudson Yards offre un panel de marques accessibles et d’autres quasi exclusives à NYC telles Neiman Marcus ou M.Gemi. Espace lounge, station de recharge, bars font le reste. L’horloge tourne et la carte bleue chauffe !

Et bien sûr, ce qui est maintenant un grand classique dans toute promotion, les espaces verts. Outre la High Line, le parc existant verra sa surface augmenter de 75 % d’ici 2023 avec une large étendue de pelouse qui deviendra glace en hiver.

 

Et alors ?

Si l’on en juge à la fréquentation, l’alchimie a l’air de prendre. Vingt-quatre millions de visiteurs attendus… et déjà la moitié sur la High Line… La promenade apaisante ressemble à s’y méprendre à une station de métro aux heures de pointe.

La High Line, The Vessel ou encore le centre commercial attirent les touristes, quand de grands sièges sociaux (L’Oréal, Warner Bros, CNN…) font venir les actifs. Sans oublier 24 000 résidents qui s’arrachent des appartements à des prix vertigineux (30 000 € en moyenne le mètre carré pour être précise). Et tout ce petit monde se croise du matin au soir.

Ça grouille donc et pourtant…. Une certaine sérénité se dégage d’Hudson Yards. Est-ce le signe d’un juste équilibre dans ce nouveau quartier ? En tout état de cause, cette ville dans la ville, à taille humaine, semble correspondre à ce que l’on peut attendre du quartier de demain.

Photos : Anne-Laure Alazard