La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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« La lumière est un médium inspirant et puissant » 

Les mobiles lumineux de Michael Anastassiades font école. Leurs équilibres inattendus entre tiges, sphères et lignes pures inspirent bien des designers à la recherche d’une nouvelle simplicité poétique. Un des secrets de ce nouveau «maître de la lumière» anglo-chypriote basé à Londres, est d’accepter avant tout l’obscurité et de considérer que ses créations sont éteintes 80% du temps. Pour lui, nul besoin de transformer la nuit en jour, son objectif reste l’interaction entre l’espace et les utilisateurs. Quatre questions au « Designer de l’année » du dernier salon Maison&Objet 2020, dont l’inspiration renouvelle le secteur de l’éclairage. 

par Sophie Roulet 

 

in interiors : Comment définiriez-vous la lumière?  

Michael Anastassiades : C’est un médium très poétique, inspirant et extrêmement puissant. Un luminaire est un objet particulier qui vit dans deux systèmes de fonctionnement : lorsqu’il est éteint, c’est une sculpture et lorsqu’il s’allume, c’est un moment magique où tout change. La perception de l’espace, les autres objets et les ombres projetées interagissent. Mon tout premier projet de luminaire s’allumait uniquement dans un espace silencieux et diminuait dès que l’on parlait. La lumière est aussi un objet psychologique et social avec lequel chacun peut interagir.  

 

ii : Quels sont pour vous ses liens avec l’espace? 

MA : La lumière définit la proportion d’une pièce et se dessine dans l’espace comme avec un pinceau ou un crayon, c’est la magie d’un projet. Concevoir un objet qui puisse s’adapter dans des environnements différents est le plus grand défi à relever. Ma formule pour survivre à toutes les différentes situations, est de rester le plus simple possible et d’éliminer toute complexité. J’enlève toutes les informations de l’objet, couche par couche, pour ne retenir que le strict minimum.  

Ii : Comment intervient pour vous la notion d’équilibre 

M.A : C’est une notion essentielle qui s’exprime aussi à travers ma relation avec le yoga que je pratique et que j’ai aussi enseigné pendant plusieurs années. Le yoga et le design sont absolument interconnectés dans ma vie, et j’essaie de capturer la légèreté, l’harmonie dans la force créative de ces deux disciplines.   

ii : Pourquoi avez-vous créé votre propre marque de luminaires en 2007 

M.A : J’ai créé ma marque pour deux raisons : d’une part, comme je n’étais pas un designer connu, la réalité cruelle est que personne d’autre ne voulait travailler avec moi, et d’autre part plus sérieusement, je souhaitais m’exprimer en toute liberté, sans priorité commerciale immédiate. J’ai beaucoup appris de cette expérience d’autoproduction qui m’a permis d’approfondir ma connaissance des produits du concept au développement, de la fabrication au marketing. Ma marque reste ma passion, une plateforme d’expression totale qui emploie aujourd’hui une quinzaine de personnes. C’est une partie essentielle de mon studio londonien, même si j’ai la chance de développer depuis ces dernières années des produits avec Flos et bien d’autres grandes marques.