La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

Recherche
Haut

Jean-Baptiste Pietri & Philippe Plaza

Photo d’illustration : © Margaux Demaria pour in interiors

Philippe Plaza, Jean-Baptiste Pietri : ces deux-là se connaissent bien, très bien même. En dix ans de collaborations et plusieurs dizaines d’ouvrages communs, le directeur général d’Eiffage Immobilier et l’architecte ont noué une relation franche, fructueuse et équilibrée. Quand l’ingénieur qui a pondu son mémoire de fin d’études sur Henri Sauvage rencontre l’archidiplômé de l’école Paris-Belleville, promotion… Henri Sauvage, cela donne une conversation à bâtons rompus, un dialogue continu. Morceaux choisis…

Première rencontre inédite

Jean-Baptiste Pietri : C’était au début des années 2000 dans le cadre d’un concours pour l’aménagement du lot B de Lyon Confluence dont Rudy Ricciotti était l’architecte en chef. Il est resté dans nos esprits comme un concours mémorable parce qu’on l’a perdu, mais aussi parce qu’il a été émaillé de scènes très animées lors du grand oral. Avec Philippe Plaza, nous nous sommes immédiatement reconnus.

Philippe Plaza : Très vite, nous avons compris que nous pouvions travailler ensemble parce que nous partagions des valeurs communes sur un projet immobilier : l’architecture, l’esthétisme…

JBP : Je rajouterais la typologie. On retrouve chez Eiffage Immobilier une exigence de la typologie bien dessinée, avec de bons mètres carrés aux bons endroits, doublée d’une certaine rationalité.

PP : Ce travail sur la typologie nous a d’ailleurs menés à un autre exercice, celui de la réversibilité bureaux/logements que nous avons testée sur un prototype en 2016 sans le réaliser à ce jour. Prévoir une réversibilité en amont est un exercice complexe à concevoir et à produire, mais il est nécessaire.

Architecte/promoteur : collab ou combat ?

JBP : La collaboration entre un architecte et un promoteur est une histoire par essence difficile. Et pourtant, entre nous, elle n’est pas difficile. Si nous avons réussi à créer cette longue relation particulière, c’est sans doute parce que nous sommes convaincus que pour réaliser un bon projet architectural, il faut écouter et respecter les contraintes et les envies de l’un et de l’autre. En tant que fils de maître d’ouvrage, je sais comment et combien un projet immobilier est une entreprise risquée, qui demande un important combat et énormément de stress.

PP : Pour autant, la relation promoteur/architecte ne doit pas être un combat. Elle peut même se transformer en une collaboration fructueuse comme avec Jean-Baptiste pour trois raisons essentielles. Tous les programmes qu’il dessine ont été des succès commerciaux qui intègrent l’esthétisme dans le cahier des charges. Ensuite, a contrario de ses contemporains très impliqués dans l’architecture extérieure et les façades au détriment des plans intérieurs, Jean-Baptiste se passionne pour l’usage. Enfin, nous portons ensemble la responsabilité d’un équilibre budgétaire. Or, il réussit cet exercice, cette quadrature du cercle difficile et exigeante en optimisant les mètres carrés qu’il met au bon endroit. Pour cela, nous n’avons plus besoin de nous parler.

JBP : L’écueil de notre métier à tous les deux, c’est qu’aujourd’hui, tout est concours, tout est candidature, donc tout est remis en question alors que nous faisons l’un des métiers les plus difficiles : celui de bâtir. Or, le compagnonnage, le savoir-faire se transmettent dans la confiance. Être soumis à cette pression supplémentaire à nos métiers est certes stimulant, mais très souvent extrêmement déstabilisant. Je ne crois pas personnellement à la création dans le conflit. Dans la relation de nos équipes, l’idée est de ne pas rajouter de la difficulté à la difficulté dans l’acte de bâtir.

PP : Mon combat à moi, c’est de construire de façon économique et de faire baisser les prix de l’immobilier, les prix de construction de façon intelligente dans cet esprit de conception-construction de manière raisonnée. Faire un bâtiment low cost de qualité : c’est cela mon combat.

Une certaine vision du compagnonnage

PP : Je conçois cette relation architecte/promoteur comme un compagnonnage un peu à la manière des maçons italiens ou français de l’après-guerre. Travailler avec les mêmes architectes, partager un socle et des racines communes sont des valeurs un peu à l’ancienne et éculées mais dans lesquelles je me reconnais. Ingénieur de formation, issu d’un groupe de construction, le promoteur que je représente attache beaucoup d’importance à la notion de conception-réalisation, gage d’efficacité et d’économies dans la réalisation.

JBP : À l’heure où les savoir-faire sont dilués entre une multitude d’intervenants et où l’inflation normative bat son plein, cette relation exclusive nous permet de gagner un temps incroyable, de gagner en efficacité et de gagner tout court.

PP : Passionné d’architecture depuis toujours, j’aime les architectes, je les respecte beaucoup et je travaille avec eux dans la confiance plus que dans le combat. Plus que jamais, aujourd’hui, nos métiers se décloisonnent, nos manières de travailler se structurent en mode projet et la mission des promoteurs, des maîtres d’ouvrages privés consiste littéralement à fabriquer la ville.

JBP : Ma génération d’architectes – diplômée dans les années 2000 – n’a pas l’expérience de la commande publique et n’a quasiment travaillé qu’avec le privé. Ce basculement de la commande génère d’autres vertus, mais aussi d’autres contraintes. Le promoteur reste votre client, l’architecte son prestataire de services. Chacun est à sa place. Si vous sortez de cette relation, cela devient l’enfer durant tout le temps d’un projet qui en pâtit forcément.

Des voyages aux usages

PP : Nos sources d’inspirations, ce sont d’abord les voyages à l’étranger qui nous nourrissent un peu partout dans le monde. Ce sont ensuite les usages qui représentent, pour moi, la condition sine qua non d’un projet réussi, notamment de logement.

JBP : Eiffage Immobilier est d’une grande exigence en matière d’usages. On peut même dire que c’est la condition première d’un projet et l’architecture doit s’y adapter obligatoirement. Et puis, c’est ce qui est intéressant dans l’architecture. Ce n’est pas de l’art pour l’art. Un ouvrage immobilier, ce n’est rien d’autre que la rencontre entre le beau et l’usuel.

PP : La qualité première d’un promoteur, c’est d’aimer les gens, de se projeter dans leur façon de vivre, quels que soient le quartier et le territoire. Or, un projet signé Pietri, c’est une exigence totale sur le plan, le traitement des halls d’entrée, l’éclairage des façades ou encore le circuit utilisateur. La notion d’usage doit être en haut de la liste des priorités de notre métier. L’architecture ne peut pas, ne peut plus faire l’économie des usages.

JBP : Le logement est évidemment le sujet que je préfère. Sans doute parce que cela touche au quotidien des gens et renvoie à un sujet sociétal par excellence. Fabriquer la maison des gens, c’est constituer leur patrimoine, ce qu’ils vont transmettre à leurs enfants. Pour cela, notre métier est à la croisée de l’art, de la technique et même du politique, au sens de la cité. L’usage reste plus que jamais, pour un architecte, un sujet très stimulant intellectuellement.

© Margaux Demaria pour in interiors

Leurs bio

Philippe Plaza

Un ingénieur qui se passionne pour l’architecture ? C’est le cas de Philippe Plaza, diplômé de l’ESTP option architecture – s’il vous plaît – et d’un DEST du Conservatoire national des arts et métiers. L’homme qui a démarré sa carrière à la SCET International est tombé très vite dans la marmite des majors de la construction. Chez Bouygues Construction tout d’abord en tant qu’ingénieur études, puis chez Eiffage Construction, en 1986, où il accède au poste de directeur commercial. Philippe Plaza grimpe sans coup férir les échelons dans la hiérarchie de la galaxie Eiffage. En 2013, il est nommé directeur général d’Eiffage Immobilier. Ses ambitions ? Réduire les coûts et rendre le logement accessible au plus grand nombre. Philippe Plaza est par ailleurs membre du comité directeur de la Fédération des promoteurs immobiliers.

Jean-Baptiste Pietri

Enfant du sud de la France, Jean-Baptiste Pietri crée son agence à Paris, en 2001. Profondément marqué par l’enseignement de l’école d’architecture de Paris-Belleville et notamment par la figure d’Henri Ciriani, il fonde sa pratique sous l’influence de la pensée rationaliste. Il apprend ensuite à la nuancer pour aboutir à une philosophie qu’il qualifie de « rationalisme romantique ». Par cette notion, il entend une conception constructive rigoureuse alliée à une prise en compte du contexte et une interprétation du projet inspiré. À l’image de La Porte Bleue, une tour de 56 m de haut actuellement en chantier à Marseille, qui se caractérise par de multiples voûtes en béton blanc. Il construit dans la France entière tous types de programmes, tant publics que privés.

Leurs projets communs

L14, logements sociaux à Chevilly-Larue (en chantier) / © +IMGS
L’Archipel, aménagement du quartier Langevin à Alfortville (en chantier) / © +IMGS
Le Baron, ensemble de logements et bureaux à Mantes-la-Jolie (en chantier) / © +IMGS
La Crique, 145 logements à Marseille (livraison 2018) / © Luc Boegly
Carré Seine, 69 logements + résidence hôtelière à Issy-les-Moulineaux (livraison 2013) / © Vincent Fillon
Parc d’affaires, Asnières-sur-Seine (phase PC non déposée) / © Raphaël Petit
Lot T, résidence étudiante à Asnières-sur-Seine (livraison 2012), architecte mandataire : Lobjoy-Bouvier-Boisseau / © Vincent Fillon
La Barquière, 62 logements à Marseille (livraison 2016) / © Mathieu Ducros