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Covid-19 : L’infrastructure numérique de nos territoires et bâtiments au cœur de notre résilience

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Frédéric Motta, directeur général de WiredScore France, prend la plume pour donner son point de vue sur la résilience du numérique à l’échelle de nos territoires et bâtiments.

 

Un apprentissage forcé à grande échelle

Depuis le début du confinement le 17 mars 2020, le télétravail s’impose pour toutes les entreprises dont l’activité le permet. Selon la dernière étude WiredScore et Cushman & Wakefield de décembre 2019 sur les évolutions des pratiques numériques, nouveaux besoins immobiliers, 31 % des salariés sondés avaient déjà adopté le télétravail avant la crise actuelle, alors que 39 % en exprimaient le désir, sans pouvoir le satisfaire. Les récentes grèves des transports avaient déjà eu un effet multiplicateur, avec 50 % des Franciliens ayant recouru au travail à domicile selon l’étude CSA pour Malakoff Humanis.

La réponse à la pandémie actuelle de Covid-19 en France, faite de télétravail pour tous et cinq jours sur cinq, constitue donc un grand saut dans l’inconnu pour la majorité des entreprises. Il s’agit de trouver au pas de charge les moyens pour interagir à distance et changer les habitudes, de la réunion en visioconférence à l’organisation de pauses café virtuelles, pour remplacer nos sacro-saints moments de lien social. C’est aussi l’occasion forcée, pour chaque entreprise, d’évaluer sa capacité à fonctionner en télétravail et analyser la robustesse de ses systèmes et infrastructures numériques face aux crises sociales et sanitaires, mais aussi face aux évolutions des pratiques dans le monde de travail.

 

La résilience informatique, nouvel enjeu vital des entreprises

Le contexte actuel met particulièrement en lumière les enjeux de résilience, de sécurité et de gestion de la confidentialité liés à la connectivité.

En matière de données personnelles, la polémique récente autour de Zoom, l’application de visioconférence en plein boom, suscite des inquiétudes croissantes chez les entreprises et leurs employés quant aux failles de sécurité de l’application et son partage d’informations avec Facebook.

Sur le front des cyberattaques, loin d’une trêve en temps de confinement, Les Échos nous alertent au contraire sur un risque de « pandémie numérique ». En particulier, les attaques de type phishing utilisant des emails frauduleux autour du Covid-19 ont explosé, profitant de notre inquiétude et notre soif d’information. Les entreprises rendues vulnérables par l’improvisation de la mise en place du télétravail sont aussi des cibles privilégiées.

Surtout, c’est bien la simple capacité à faire fonctionner l’activité à distance qui apparaît comme une condition de survie pour bon nombre d’entreprises. Les réseaux sont-ils suffisamment dimensionnés ? Les architectures informatiques le permettent-elles ? Est-il possible de proposer son service ou son produit de façon entièrement dématérialisée ? Dans notre secteur de l’immobilier, par exemple, la visite virtuelle de biens est encore embryonnaire, même si les initiatives se multiplient.

Malheureusement, une part importante des entreprises n’était pas préparée au travail à distance, comme le montre la fracture numérique entre les entreprises qui se déclarent « technologiques » et les autres. Les premières sont par exemple déjà deux fois plus nombreuses à utiliser des logiciels d’entreprise collaboratifs (83 % contre 41 %), qui sont si nécessaires en ces temps de confinement.

 

Les réseaux d’internet sollicités comme jamais

Nous avons plus que jamais besoin d’accéder à internet pour travailler, effectuer des téléconsultations médicales, garder le contact avec nos proches ou nous divertir. C’est pourquoi les opérateurs comme le gouvernement ont appelé en début de confinement les principaux fournisseurs de contenus comme Netflix à limiter les volumes de données pour éviter une saturation des réseaux. Et le trafic lié au télétravail a bien été multiplié par sept chez Orange durant la première semaine de confinement comme le relate Le Monde.

Mais si les fournisseurs d’accès ont su faire face à cette explosion du trafic globalement à l’échelle nationale, la fragilité des infrastructures numériques est apparue localement dans certaines communes, comme à Saint-Dolay, dans le Morbihan, coupées du monde depuis le confinement faute de connexion à internet suffisante. De tels exemples nous montrent les inégalités des territoires face au numérique, et plus fondamentalement notre grande vulnérabilité en cas de manque de connectivité dans nos lieux de vie comme de travail.

 

Développer proactivement les infrastructures numériques de nos territoires, villes et bâtiments

Plus que jamais notre infrastructure numérique s’avère être un enjeu de société et de compétitivité, mais il nous reste un long chemin à parcourir afin de parvenir à une égalité d’accès à internet et à un aménagement numérique équitable du territoire. Selon le Baromètre de la fibre en entreprise 2019 par Covage et Ifop, moins d’un quart des professionnels des TPE et PME indiquent que leur établissement est raccordé à la fibre optique (23 %), avec par ailleurs des disparités importantes selon la taille de l’entreprise et l’emplacement géographique.

La Banque des territoires estimait quant à elle que la qualité de la couverture mobile n’était maîtrisée que dans moins de 1 % des bâtiments bénéficiant d’une infrastructure dédiée. Et le récent report sine die des enchères 5G par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep) est à la fois compréhensible et inquiétant, car il risque de creuser l’écart avec ses voisins européens et sur d’autres pays comme la Corée du Sud, premier pays à commercialiser des services de téléphonie mobile 5G depuis avril 2019.

 

Cette mise à l’épreuve nous force à mieux comprendre les conditions à réunir pour permettre des modes de travail plus flexibles et développer notre capacité de réaction à des phénomènes de crise imprévus. Plus que jamais, il s’agit d’être volontariste, de prendre les devants des évolutions réglementaires et ne pas attendre uniquement les impulsions de l’État. Pour les territoires, les villes et les bâtiments, une infrastructure numérique performante et sécurisée est désormais un outil incontournable de compétitivité, de durabilité et de résilience.

 

Frédéric Motta,

directeur général de WiredScore France

Photos : ouverture : Adobe Stock/vegefox.com ; portrait : © WiredScore