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Le télétravail c’est la santé

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Au milieu des années 1960, Henri Salvador entonnait un refrain qu’il allait devenir un succès avec la chanson « Le travail c’est la santé ». Depuis ce week-end, le gouvernement et la ministre du Travail nous chantonnent une nouvelle version rebaptisée « Le télétravail c’est la santé ».

En guise de partition, le « Protocole national de déconfinement pour les entreprises pour assurer la sécurité et la santé des salariés », paru dimanche 3 mai (48 h après la fête du Travail !), est très clair à ce sujet puisque le télétravail est érigé en principe prioritaire : « Les mesures de protection collective comprennent en particulier les mesures organisationnelles, en premier lieu le télétravail, de nature à éviter le risque en supprimant les circonstances d’exposition, et qui doit être la règle chaque fois qu’il peut être mis en œuvre. »
Si d’aventure l’entreprise souhaite réintégrer ses salariés dans ses locaux, le texte recommande concernant l’usage des open-spaces que « le travail soit organisé afin que les 50 personnes qu’accueillait cet open-space ne soient jamais plus de 33 sur le lieu de travail (exemple : 25 salariés présents du lundi au mercredi midi, puis en télétravail le reste de la semaine, et inversement pour les 25 autres salariés ».

Plus loin, à propos des « Principes généraux de gestion des flux », le protocole préconise que « le télétravail soit mis en place chaque fois que c’est possible. La présence physique ponctuelle ou périodique des télétravailleurs, lorsqu’elle est nécessaire, doit être organisée de façon à être étalée pour limiter le nombre de salariés rejoignant simultanément l’entreprise ». Il en est de même, dans le cas où les chefs d’entreprise n’auraient pas compris, concernant l’usage des masques pour réduire le risque de transmission du Covid-19 et « avant de réfléchir au port de masque, l’employeur doit donc mettre en œuvre toutes les solutions techniques et organisationnelles de protection collective permettant d’éviter ou de réduire les risques : télétravail… ».

Dès ce lundi, sur franceinfo, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a repris le refrain en déclarant que, parmi les 5 millions de Français qui sont en télétravail notamment en raison de la crise du Covid-19, « il était très important qu’ils continuent à télétravailler ». Ajoutant que « cela évitera d’être trop nombreux sur les lieux de travail et va désaturer les transports ».

À la question de franceinfo : « Si mon patron me demande de revenir physiquement sur mon lieu de travail lundi prochain et que j’estime que ce n’est pas nécessaire, qu’est-ce que je fais ? », Muriel Pénicaud a rappelé : « Depuis, les ordonnances travail de 2017 ont inscrit le télétravail comme un droit, un droit du salarié. Le salarié peut dire : “Mon travail se fait en télétravail, je demande à rester en télétravail.” » C’est donc à l’employeur de démontrer que les raisons de service ne permettent pas la poursuite du télétravail.

La ministre du Travail pense que « l’immense majorité des personnes qui travaillent en télétravail vont le rester et c’est nécessaire au moins dans les semaines qui viennent », et au moins jusqu’à l’été. Dans le cas contraire, lorsque les salariés d’une même entreprise seraient tenus de venir au bureau, Muriel Pénicaud souhaite que cela se fasse « par rotation ».

Poursuivant, la ministre insiste sur le fait que « l’on ne pourra pas venir travailler comme avant », mais qu’il faut toutefois « relancer le moteur économique tout en protégeant les salariés ».

Sachant que le télétravail de masse n’est pas facile à organiser, Muriel Pénicaud invite les partenaires sociaux à dialoguer et à parvenir, rapidement, à un accord sur ce sujet et avant septembre.

À propos de la difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle, la ministre a été claire : « Le télétravail ne peut pas consister à être disponible jour et nuit, 18 h par jour et 7 jours sur 7 ». Elle poursuit en invitant l’entreprise à mettre en place une charte de droit à la déconnexion et appelle les employeurs à être bienveillants vis-à-vis de leurs collaborateurs.

Comme en écho aux propos de la ministre du Travail, l’étude « La révolution du travail à distance : l’enquête #Montravailàdistance, Jenparle » produite par le think tank Terra Nova révèle, malgré le fait que 42 % des sondés ne disposent pas d’un espace de travail dédié, que 58 % souhaitent travailler à distance plus souvent contre 32 %, 10 % ne se sont pas prononcés.
Pour le futur, Terra Nova indique que « 42 % des répondants considèrent que, lorsqu’ils reviendront sur leur lieu de travail, ils jugeront plus négativement les trajets domicile-travail dont ils auront été dispensés lors de la période de travail à distance »…

Voilà de quoi donner du grain à moudre pour les mois à venir dans l’élaboration des stratégies immobilières des utilisateurs et des bailleurs. Un début de réponse pour le « Monde d’après » ?

 

Photo : © Adobe Stock/Paolese