La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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Philippe Chiambaretta & Jean-Louis Girodolle

Photos : Carole Desheulles pour in interiors

Créer à partir de deux bâtiments précédemment réunis de façon peu cohérente un siège social aux standards du XXIe siècle, répondre au besoin d’une entreprise moderne : voilà le défi que s’était lancé les équipes de PCA-STREAM avec le projet du 173, boulevard Haussmann, à Paris. L’architecte Philippe Chiambaretta (à droite, sur l’image à la Une) et Jean-Louis Girodolle (à gauche), directeur général de la banque Lazard, nous parlent de ce nouvel ensemble de 11 000 m² qui fera signal dans le quartier, comme dans la vie de l’entreprise qui l’occupe désormais.

Se rencontrer

Jean-Louis Girodolle : Nous venions de choisir notre nouveau siège social, au 175 boulevard Haussmann. Le quatrième en près de 170 ans d’existence ! Les plans détaillés du bâtiment n’étaient pas encore finalisés. Le propriétaire de l’immeuble nous a alors présenté l’un à l’autre. Le dialogue avec Philippe, qui par ailleurs connaissait lui-même le monde de la banque, a été particulièrement ouvert et confiant. Nous nous sommes rapidement compris et avons pu discuter très ouvertement des usages que pourrait offrir ce bâtiment et avancer pas à pas, pour l’adapter à l’utilisation que nous allions en faire. Nous l’avons ainsi coconstruit, avec Philippe pour les espaces publics et avec le studio de Ramy Fischler pour l’ensemble des espaces de travail pour les clients.

Philippe Chiambaretta : En travaillant à la restructuration d’un ensemble tertiaire tel que celui-ci, nous ne planchons pas simplement sur un actif immobilier, mais sur un outil de travail ! Celui de l’entreprise qui va l’occuper… Ainsi, au-delà de la théorie du blanc, notre agence va de plus en plus souvent jusqu’à travailler l’architecture intérieure, en partenariat avec l’utilisateur, pour aller au bout de la promesse et lui offrir un immeuble qui soit à la fois beau, confortable, vecteur de bien-être, mais aussi d’attractivité et de performance. Et c’est exactement ce à quoi nous avons veillé avec Jean-Louis : comprendre l’identité de la banque Lazard, ses valeurs, ses différents métiers…
et répondre à ses besoins.

Cohérence et ouverture

PC : Nous avons vu ce projet comme une invitation à repenser l’haussmannien à l’aune du XXIe siècle, dans la rue même où le baron Haussmann a vu le jour. Mais reconstruire Paris est une série de combats ! Et cette opération n’a pas fait exception… Avec notamment de belles batailles pour déplacer l’entrée et surélever le bâtiment… Notre objectif premier sur cette opération a été d’apporter de la cohérence à l’ensemble composé de deux édifices différents : un immeuble de logements haussmannien traditionnel, et un large bâtiment de bureau plus haut et plus moderne, aux notes Art déco remarquables. Les deux édifices avaient été regroupés de façon assez brutale et peu cohérente au début des années 1990 pour une opération de bureaux correspondant aux standards de l’époque. Résultat de cette greffe inaboutie : le bâtiment conservait un décalage de niveaux entre les bâtiments et des circulations labyrinthiques. Il était totalement dépassé de par la conception de ses espaces de travail, sa décoration comme sa technique. Il a donc fallu restructurer l’ensemble pour lui offrir de la cohérence, mais aussi pour répondre aux attentes d’une entreprise moderne ! Pour cela, nous avons opté pour une approche sans gesticulation ni gratuitement formaliste, mais en réponse à l’analyse du bâtiment, de façon « scientifique », en développant une stratégie pour corriger des défauts, pour le soigner et le projeter dans l’avenir. Il ne s’agit plus d’accumuler des mètres carrés, mais bien d’enrichir l’expérience des utilisateurs et de s’adapter à de nouveaux usages.

J-LG : Nous avons été séduits par l’identité du bâtiment et la possibilité d’usages qu’il offre. Nous sommes une institution de la vie économique et financière parisienne, mais nous voulions également signifier par ce déménagement que nous passions à une nouvelle étape de notre histoire. Ce bâtiment nous a plu parce qu’il est à la fois très parisien et à la fois, à travers notamment ce qu’a apporté Philippe, très actuel. C’est exactement le reflet de notre identité. Nous avons des valeurs intemporelles et sommes parallèlement une maison qui souhaite exprimer une modernité qui ne lui a pas toujours été prêtée. Ce bâtiment est parfait, de ce point de vue, dans le cadre du projet d’ensemble. Pour ce qui est des aménagements intérieurs, nous qui venons d’un univers de bureaux plus individuels, fermés, avons été séduits par l’architecture ouverte, la lumière, les capacités de circulation et de collaboration entre les équipes, et ainsi, par la possibilité d’y implanter de nouveaux usages.

Faire signal

PC : l’ambition de cette opération était aussi de faire signal dans le quartier. C’est dans ce but que nous avons déplacé l’entrée principale à la pointe du bâtiment. Disposition qui la rend plus visible et crée un effet d’appel depuis la rue. Et puis, parce que dans le cadre de réhabilitation il est indispensable de créer de la valeur afin que le modèle économique soit tenable, nous avons profité du potentiel de surélévation du 175. Le résultat de ce défi administratif et architectural enchante nos équipes comme les collaborateurs de Lazard ! La surélévation en écailles de verre relie pratiquement et symboliquement les bâtiments et les époques. L’effet esthétique mêlant deux étages très contemporains sur un immeuble en pierre classique apporte une note singulière à ce lieu, une identité propre. La verrière s’est imposée comme un signal très distinctif. Source de fierté pour les employés, elle se veut un landmark iconique qui fera lanterne le soir.

J-LG : Faire signal, c’était également l’une de nos ambitions avec ce déménagement. Nous voulions montrer que nous sommes une entreprise ouverte, évidemment pour nos clients, ouverte à les accueillir dans les meilleures conditions, à leur offrir les meilleurs services, la technologie, la connexion avec le reste du monde, mais aussi une entreprise ouverte à nos équipes, à la différence, à l’inclusion, à la collaboration. Les séparations horizontales comme verticales sont effacées ; tous les niveaux hiérarchiques sont répartis dans les étages pour mieux travailler ensemble. Il s’agit d’un renouvellement important de la culture de ce métier et de ce secteur. L’étroite collaboration entre Lazard, PCA-STREAM et RF Studio a permis cela. Dans le travail avec Philippe, deux séquences du projet incarnent parfaitement le résultat de ce travail. Le hall d’accueil très graphique avec son lustre majestueux, le choix de la pierre, les contrastes, la brillance, le tout incarnant le niveau juste d’élégance et de sobriété que nous souhaitions. Et puis, les salons d’accueil de nos clients que nous avons dessinés ensemble. Ils portent la marque Lazard, à travers leur dénomination et le design des tapis que nous a proposé l’équipe de Philippe, en affichant les plans des grandes villes où Lazard est présent dans le monde.

Pour le bien-être de tous

PC : Le confort et le bien-être des occupants ont été au cœur des préoccupations de tous ceux qui ont collaboré à ce projet. De l’apport de lumière – maximisé par une façade innovante très vitrée et par l’élargissement du patio – jusqu’au soin apporté au design et au mobilier, en passant par la multiplication des accès à l’extérieur ou encore la ventilation naturelle du bâtiment… rien n’a été laissé au hasard ! Et qu’il s’agisse des bureaux de directions, des salons privés, des plateaux ou des parties communes, tous les espaces ont fait l’objet de la même attention.

J-LG : Collaborateurs, clients ou simples visiteurs, nous avions effectivement à cœur d’apporter à tous le même confort, la même attention. Et après des mois de travail, le résultat aujourd’hui sous nos yeux m’a époustouflé ! Bien sûr, il est conforme à notre cahier des charges et aux différents plans. Malgré tout, j’ai été profondément impressionné par la qualité du résultat comme par l’engouement qu’il déclenche auprès de nos équipes. Il n’est pas fréquent dans la vie d’un directeur général de mener un projet de cette ampleur. La tâche s’est révélée ardue, tant les implications d’un tel projet d’entreprise étaient nombreuses, et je m’y suis personnellement beaucoup impliqué. Mais notre arrivée en ces lieux pensés pour accompagner notre développement dans les décennies à venir, marque une nouvelle étape dans l’histoire de Lazard et nous sommes déjà convaincus que ce bâtiment fera un formidable vecteur d’image, en plus d’être un levier RH et un efficace outil de travail.

Découvrez le numéro 12 d’in interiors « Matières et matériaux », en cliquant ici.

 

 

« Avec cette restructuration, nous ne planchons pas simplement sur un actif immobilier, mais sur un outil de travail » Philippe Chiambaretta Photo : © CaroleDesheulles pour in interiors

Bio

Philippe Chiambaretta débute sa carrière en tant qu’ingénieur des Ponts et Chaussées et du MIT. Passé par la finance et le conseil en stratégie, il dirige par la suite le Taller de Arquitectura de Ricardo Bofill à Paris. Il fait une incursion dans la peinture, avant de finalement devenir lui-même architecte à 36 ans. En 2000, il fonde l’agence PCA-STREAM où exercent architectes, historiens de l’art, urbanistes, paysagistes, ingénieurs… pour proposer la même approche interdisciplinaire de l’architecture, seule capable, selon lui, d’apporter des solutions aux problématiques contemporaines majeures.

L’une des rares agences au monde dotées d’un studio de recherche appliquée, l’agence PCA-STREAM fonctionne à deux têtes. Un pôle recherche (STREAM) doté d’un budget propre et mobilisant 150 chercheurs dans le monde sur des protocoles de trois ans. Et un pôle production (PCA), dont les grands projets se nourrissent de ces travaux de recherche, dans un dialogue qui féconde en permanence la pratique de l’agence. En 15 ans, PCA a appliqué les recherches de STREAM à plus de 180 000 m2 de sièges et de bureaux emblématiques pour des entreprises leaders dans leurs secteurs : Facebook, BlaBlaCar, Chanel, Total, Gide, Lazard…

« Nous avons été séduits par l’identité du bâtiment et la possibilité d’usages qu’il offre » Jean-Louis Girodolle Photo : © Carole Desheulles pour in interiors

Bio

Jean-Louis Girodolle, directeur général de Lazard Frères, a rejoint Lazard en 2007 en tant qu’associé-gérant. Il conseille de grandes entreprises françaises et internationales en matière de fusions-acquisitions et autres opérations financières stratégiques. Auparavant, Jean-Louis Girodolle a été sous-directeur de l’Agence des participations de l’État de 2003 à 2006. Entre 1998 et 2003, il a occupé différents postes au sein du ministère de l’Économie et des Finances, dont celui de conseiller technique au cabinet du ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, de 2000 à 2002. Il a débuté sa carrière en 1994 à l’Inspection générale des finances.

Haussmann © Jean-Philippe Mesguen pour PCA-STREAM
Haussmann © Jean-Philippe Mesguen pour PCA-STREAM

Leur projet commun

À mi-chemin entre l’Arc de triomphe et l’église Saint-Augustin, dans le 8e arrondissement de Paris, le 173 boulevard Haussmann a fait l’objet d’une restructuration lourde réalisée par l’équipe de PCA-STREAM, pour devenir le nouveau siège social de la banque Lazard.

L’ensemble se composait initialement de deux bâtiments totalement différents regroupés hâtivement au début des années 1990, qu’il a fallu réunir de façon cohérente. Pour l’agence PCA-Stream, cette restructuration était l’occasion « de s’inscrire dans une ville résiliente et innovante, capable de se renouveler en se réinventant ».

… Découvrez le résultat en images dans notre article dédié au projet, en cliquant ici.

Haussmann © Jean-Philippe Mesguen pour PCA-STREAM