La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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Du bureau à l’hôtel

Photo à la Une : une chambre de la Maison Bréguet, un boutique-hôtel cinq étoiles situé à Paris 11e, transformée en bureau durant l’épidémie de coronavirus – © Maison Bréguet

Déjà en 2019, le baromètre Business Immo de l’hôtellerie indiquait que 84 % des investisseurs pensaient que les hôtels allaient de plus en plus intégrer des concepts. Une hybridation des usages qui se confirme aujourd’hui, accélérée à vitesse grand V par la crise en cours. Alors, face à l’essor sans pareil du télétravail, les hôteliers se mettent en ordre de marche pour devenir « the place to work ». Sortir d’une clientèle composée de voyageurs d’affaires et de loisirs pour rentabiliser les espaces – et maximiser le chiffre d’affaires – convainc toujours plus d’établissements… Tour d’horizon.

Depuis quelques années déjà, les hôtels offrent des refuges confortables aux travailleurs nomades même lorsqu’ils ne dorment pas sur place. Un simple bureau, un code wifi, et les voilà partis pour une journée de travail. Et les hôteliers ont vite compris l’intérêt de fidéliser cette clientèle qui anime leur établissement en journée en occupant les espaces communs : lobbies, bars, terrasses. Mob Hotel, Mama Shelter, The Hoxton, 25hours, Le Grand Quartier sont autant d’enseignes qui, en accueillant ces travailleurs nomades, contribuent à animer leurs établissements le jour et à dynamiser les quartiers. Autant d’enseignes aussi qui font évoluer l’image de l’hôtel d’antan avec sa salle de séminaire pour accueillir toutes sortes d’événements business, en ouvrant désormais leurs portes à une clientèle souvent jeune et friande de nouveaux modes de travail.

Travailler à l’hôtel : dans les espaces communs…

Plusieurs enseignes ont même traduit cet attrait pour le travail à l’hôtel par une offre clé en main à destination des travailleurs nomades, comme le font les espaces de coworking nés d’une demande de tiers lieux. En 2017, le groupe hôtelier Accor s’est ainsi associé avec Bouygues Immobilier pour développer Wojo « afin de répondre aux attentes émergentes des travailleurs nomades en quête de flexibilité et de bien-être », explique Édouard Roux de Lusignan, Senior Vice President Topline France et Europe du Sud chez AccorHotels. En 2019, les offres Wojo Spots et Wojo Corners ont vu le jour. Le slogan ? « Travailler où vous voulez, quand vous voulez. » Dans les gares, les aéroports et… les hôtels. Ces offres permettent d’officier dans des espaces dédiés et de qualité à moins de 10 minutes de chez soi, même sans y avoir réservé une chambre. L’avantage, c’est de pouvoir travailler dans un lieu qui offre tous les services de l’hospitalité : espaces de restauration pour la journée, bar pour les afterworks… « Les hôtels représentent depuis toujours de réels lieux de rencontres et de partage. Nos bars et nos restaurants constituent des espaces conviviaux pour des rendez-vous professionnels », appuie Édouard Roux de Lusignan.

La chaîne hôtelière néerlandaise CitizenM cible davantage une clientèle affaires avec un forfait unique au prix fixe qui permet de dormir et de travailler dans le salon de n’importe quel hôtel CitizenM à travers le monde. L’offre SocietyM, encore plus ciblée, donne accès à une salle de réunion, que vous soyez à Paris, La Défense, Copenhague, Amsterdam, Londres, Seattle…

La révolution du travail à l’hôtel a donc lieu, lentement mais sûrement. Mais la pandémie qui touche le monde entier, obligeant chacun à rester confiné chez soi, dans sa ville, dans son pays et, pour nombre de salariés, à télétravailler, a incité les hôteliers, par manque de fréquentation, à proposer des offres qui finissent de bousculer les codes de l’hôtellerie. À savoir, la possibilité d’utiliser les chambres en tant que bureau…

… et dans les chambres

Avec la pandémie et le confinement, les hôteliers ont surfé sur l’explosion du télétravail en leur donnant la possibilité d’œuvrer… en chambre ! Une solution permettant à la fois de proposer un espace de travail isolé – confinement oblige –, tranquille – loin des enfants ou des bruits de voisinage qui risquent de perturber une réunion virtuelle –, et confortable – espace et services garantis. Un « home office » à l’hôtel en quelque sorte, qui s’est développé dans le monde depuis le printemps dernier.

Accor a d’abord proposé cette offre en Angleterre en la baptisant « Hotel Office », avant de la décliner en France sous le nom de « Télétravail amélioré » (voir ci-dessous). « Cette offre permet aux clients de profiter de tout le confort d’une chambre d’hôtel pour y travailler et s’y reposer, avec une plage horaire adaptée (de 9 h à 18 h) sans avoir besoin de modifier la structure : un endroit calme, un bureau, une connexion wifi, et même un lit et une salle de bains en bonus », explique Édouard Roux de Lusignan, également responsable du projet Télétravail amélioré en France.

Groupes hôteliers ou exploitants indépendants, beaucoup ont généralisé ce type d’offres à la journée pour faire face à la crise. Certains vont même plus loin, comme Le Grand Quartier, dans le 10e arrondissement, qui propose une solution « pied-à-terre » aux Parisiens ayant quitté la capitale après le confinement, tout en y conservant une activité professionnelle. Des tarifs préférentiels sur mesure sont pratiqués en fonction de la fréquence. Le principe consiste à venir avec ses bagages et les laisser sur place pour le séjour suivant. Ou, à l’inverse, pour les urbains en mal de nature, les groupes Barrière ou Hyatt proposent des week-ends prolongés à Deauville, Dinard, Cannes… où télétravailler. Connexion, confort et dépaysement garantis.

Reste à trouver le bon équilibre… « Il faut faire attention à ne pas déranger la clientèle loisirs avec une clientèle business. D’où l’intérêt d’aménager les chambres et de prévoir des lieux dédiés à ceux qui travaillent pour ne pas gêner les autres clients », analyse Arnaud Gauthier, directeur d’exploitation de l’hôtel et spa Leprince, au Mans, lors d’un webinar organisé par EquipHotel. Il faudra également respecter certains prérequis pour que le travail à l’hôtel se développe dans des conditions satisfaisantes. Car si le bureau emprunte de plus en plus les codes de l’hospitalité, l’hôtellerie, en accueillant une activité travail, doit également emprunter ceux du bureau, tels que le calme, la confidentialité, un équipement mobilier adapté et une bonne connexion… //EF


Chambre de nuit, chambre de jour 

En matière d’évolution, le télétravail dans la chambre ajouterait une fonction jour. Mais que fait-on du lit ? Question épineuse si ce télétravail s’organise à l’échelle de l’entreprise et entre collègues. Déjà en 2012, Muzéo, designer iconographique, Haworth, fabricant de mobilier, Somfy et Philips ont fait appel à la designer Maud Bury pour imaginer « My Room Concept », la chambre d’hôtel qui peut tout faire ! La question du lit est résolue en pouvant le rétracter dans le mur intelligent pour déployer le mobilier de bureau le jour. « On peut aller plus loin encore en imaginant une table de réunion, concept plus que jamais d’actualité », souffle Marion Toison, directrice Workplace Strategy chez Haworth France.

© Haworth

CitizenM 

La chaîne néerlandaise CitizenM propose deux nouvelles offres par abonnement à destination des digital nomads, des travailleurs à distance et des entreprises. La première consiste en un forfait unique conçu à prix fixe (500 € par mois), qui permet à un employé de pouvoir travailler dans le salon de n’importe quel hôtel CitizenM, d’y dormir durant trois nuits, d’utiliser les salles de réunion à raison de 3 h par mois et de pouvoir réserver des nuits supplémentaires ou des heures de réunion avec une réduction de 15 %. En parallèle, CitizenM propose « Global Passport » by CitizenM, une édition limitée à 1 000 exemplaires. Pour 1 500 €, les salariés peuvent séjourner dans un CitizenM pour un tarif moyen de 50 € par nuit. Les digital nomads pourront ainsi profiter d’une connexion wifi rapide, de zones de travail et d’emplacements à proximité des centres-villes ou des aéroports. Une offre disponible dans les villes suivantes : Amsterdam, Rotterdam, Londres, Glasgow, Paris, Zurich, Genève, Copenhague, New York, Boston, Seattle, Washington DC, Kuala Lumpur, Taipei. Et à partir de 2021, à Los Angeles, Miami, San Francisco et Chicago.

© CitizenM

25hours 

On s’évade au travail avec « Home Office away from home », une offre proposée par 25hours Hotel Terminus Nord. Une journée : 50 €. Du lundi au vendredi : 200 €. La formule comprend une chambre accessible de 9 h à 18 h avec wifi haut débit, machine à café Nespresso, etc. Nec plus ultra : les animaux de compagnie y sont les bienvenus.

© 25hours

Le Grand Quartier   

En plus d’accueillir des télétravailleurs dans des espaces aménagés au sein de ses chambres, Le Grand Quartier (Paris 10e) va plus loin encore avec son offre « pied-à-terre » afin de recevoir ceux qui séjournent régulièrement à Paris pour le travail. La formule comprend une chambre tout confort (petit déjeuner, wifi pour le télétravail, etc.), la possibilité de garder les bagages entre deux séjours dans la bagagerie et un avantage pressing.

© Romain Ricard

Hyatt    

En cette période particulière, Hyatt a lancé « Workation » (comprendre la contraction de work et de vacation), une offre qui fait rimer télétravail avec confort. Avec ce concept, les clients peuvent travailler efficacement dans un contexte agréable et paisible, tout en rallongeant leurs week-ends. Bord de mer, ville, campagne… Ils ont l’embarras du choix puisque l’offre est disponible au sein des hôtels Hyatt en France. Elle comprend une réduction de 50 % sur les nuits de jeudi et dimanche pour les clients qui souhaitent arriver dès le jeudi ou prolonger le dimanche soir, le petit déjeuner offert, du wifi très haut débit, un accès au fitness et à l’ensemble des services de l’hôtel.

© Hyatt

Deskopolitan    

« Les chambres de l’hôtel attenant à l’espace de coworking Deskopolitan Voltaire sont transformées en bureau durant l’épidémie pour amortir la charge foncière de l’établissement ouvert en septembre 2019. Cette disposition est facile à mettre en œuvre et pourra être pérennisée à l’avenir en saisonnalité basse », avance Paul Chevrillon, cofondateur de Deskopolitan.

© Deskopolitan

« Télétravail amélioré » par Accor 

Après Wojo Spots et Wojo Corners, le groupe Accor développe son offre de Workspitality avec « Télétravail amélioré », un forfait de chambre à la journée dédié aux coworkers. Un projet au carrefour des attentes. 

Proposer des espaces de travail dédiés et de qualité à moins de 10 minutes de son domicile est la promesse d’Accor, le groupe a lancé le concept de « Télétravail amélioré » dans 320 établissements de son parc, pour l’heure en Europe du Nord seulement, avec une concentration sur le Royaume-Uni (où l’offre s’appelle « Hotel Office »). Un maillage étendu dans des localisations bien desservies.

Le groupe offre désormais la possibilité de réserver à la journée ou à la semaine un espace de travail calme, c’est-à-dire une chambre dans un environnement convivial tout en bénéficiant du cadre de l’hôtel et de ses infrastructures. Avec cette réservation, le client jouit de son espace de 9 h à 18 h et peut accéder au service de restauration, à l’espace bien-être ou encore aux salles de réunion des établissements.

Si les réservations s’effectuent facilement, la politique d’annulation est également très souple, sans frais jusqu’à la veille. Une flexibilité bienvenue dans un contexte à visibilité réduite.

« Télétravail amélioré » permet à cette nouvelle clientèle d’œuvrer dans une atmosphère cosy, souvent design et de bénéficier d’un panel de services premium tels la conciergerie, le minibar ou le room service. Vidéo calls, conférences, réunions pourront ainsi se dérouler dans un environnement calme et accueillant. //ALA

© Accor

Cet article est issu du Hors-Série 109 de Business Immo. Pour le consulter, cliquez ici.