La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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Le citadin Edison Lite de Manuelle Gautrand Architecture

Lors du confinement de mars dernier, les habitants du bâtiment Edison Lite conçu par Manuelle Gautrand Architecture à Paris, ont pu pleinement profiter d’un lieu adapté à la vie citadine d’aujourd’hui : logement sur mesure, végétation, espaces partagés, accès à la toiture. Explications.

 

Implanté rue Edison, dans le 13e arrondissement de Paris, le bâtiment de logements Edison Lite « est exactement le projet dont rêvent les citadins d’aujourd’hui », estime sa conceptrice, Manuelle Gautrand. Cette réalisation propose un nouveau modèle d’habitat urbain basé sur deux principes majeurs : créer des logements sur mesure, programmer 20 % de surfaces partagées avec les habitants.

Les 21 logements que compte le bâtiment ont été coconçus grâce à un travail d’échange et de pédagogie avec les habitants mené avec Habx, l’un des maîtres d’ouvrage. « Ce qui est intéressant, c’est de comprendre les besoins des futurs occupants, de les aider à dessiner leur logement, de guider leurs choix et de les traduire spatialement. Cette écoute et cet accompagnement font partie du travail de l’architecte », souligne Manuelle Gautrand. Autre volet du projet : les espaces partagés. « À l’agence, nous réfléchissons depuis un certain temps à des fonctions trop peu présentes dans le logement en France, contrairement à nos voisins d’Europe centrale et d’Europe du Nord. » Ces espaces permettent aux habitants de se rencontrer depuis le sous-sol jusqu’au toit. Au niveau -1, un atelier de bricolage est mis à disposition. Au rez-de-chaussée c’est un grand local à vélo, au niveau 2 une salle polyvalente et au niveau 6, le projet intègre un large espace comprenant un solarium et une cuisine ouverte. Au niveau 7, un potager partagé se déploie sur 150 m2 avec une vue à 360 degrés sur la capitale. Et l’architecte de compléter : « Les espaces partagés permettent à une communauté d’avoir différents cercles de relations. Au-delà de la proximité du quart d’heure, il s’agit de celle du pas-de-porte ! »

Le projet poursuit des objectifs tans sociaux qu’écologiques puisque la nature y occupe une grande place. Et ce pour deux raisons : la densité du site et l’absence d’espaces verts à proximité tout d’abord. Plus largement, la question du contexte a incité à faire ce choix. Manuelle Gautrand explique : « Aujourd’hui, on parle beaucoup de la densification des villes. On en connaît les avantages, mais aussi les inconvénients. Pour minimiser les distances, proposer la ville du quart d’heure dont parle Carlos Moreno, il faut mettre à disposition des citadins ce dont ils ont besoin au quotidien et réenclencher un lien avec la nature pour rendre cette ville vivable. » Avec ses 290 jardinières en façade et des potagers en toiture, le bâtiment met à disposition de chaque logement 10 m2 de terre. Installées durant le chantier, les plantes ont eu tout le temps de s’acclimater et de se développer. Elles impriment au bâtiment une atmosphère campagnarde, comme le soulignent certains habitants.

« Ce projet est clé pour l’agence. Il résout à peu près toutes les problématiques par son rapport à la nature à laquelle il donne une place de choix et à la communauté avec ses espaces partagés. Il nous conforte dans l’idée que le rôle de l’architecte est fondamental pour soigner, restructurer, ramener de nouvelles fonctions, de nouveaux besoins. Je préférerais moins parler aujourd’hui de densification que de régénération », conclut Manuelle Gautrand.

Photos : Luc Boegly