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« Vibéo, la boussole du bien-être et de la performance au bureau »

À l’occasion de la sortie de l’étude coréalisée par l’Ifpeb (Institut français pour la performance du bâtiment) et le bureau d’études Goodwill-management, Christophe Rodriguez, directeur général adjoint à l’Ifpeb, revient en exclusivité pour in interiors sur la méthode Vibéo et l’influence des espaces tertiaires sur la performance et le bien-être des utilisateurs, en plein « boom » du télétravail.

 

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in interiors : Comment est née la méthode Vibéo utilisée pour réaliser votre étude ?

Christophe Rodriguez : Vibéo est un hub regroupant une grande variété d’acteurs (directions immobilières, foncières, promoteurs, constructeurs, concepteurs d’espaces, etc.) qui souhaitent ancrer la valeur d’usage des bâtiments dans leurs pratiques, afin de répondre à des enjeux comme la transition environnementale, la maîtrise de l’énergie et la transformation des usages et pratiques au sein des immeubles de bureaux. Vibéo réalise également des études collectives ou encore de retours d’expérience sur la valeur d’usage du tertiaire, afin d’aiguiller les acteurs du secteur. Pour y parvenir, Vibéo est notamment à l’origine d’une méthode prédictive, développée depuis cinq ans, qui permet de valoriser financièrement la contribution d’un bâtiment sur le bien-être et la performance de ses occupants. Grâce notamment au travail de Goodwill-management, de nombreuses données provenant de différentes études académiques à travers le monde ont été assemblées afin de créer un outil inédit, la première boussole de la valeur d’usage. La méthode Vibéo prend en compte des paramètres comme la luminosité, le bruit, la localisation, la qualité de l’air, etc., et mesure leur incidence sur le « confort » des employés au sein des espaces de travail. Ainsi, comme notre étude sur le télétravail le montre, les logements privés peu performants comme lieux de télétravail provoqueraient des pertes de productivité de l’ordre de 3 % par rapport à un bureau performant. Qui dit productivité et bien-être des salariés, dit meilleure performance de l’entreprise. Si nous prenons l’exemple d’une entreprise de 200 salariés faisant 20 M€ de chiffre d’affaires annuel, 3 % de performance supplémentaire équivaudrait à un gain annuel d’environ 540 000 € potentiel. Ainsi, l’entreprise pourra plus facilement se rendre compte du rapport coûts/bénéfices d’une amélioration de ses bureaux. Pour résumer, Vibéo s’apparente à une boussole indiquant aux acteurs de l’immobilier tertiaire quels leviers clés sont à améliorer pour assurer bien-être et meilleure performance des salariés et donc, par voie de conséquence, de l’entreprise.

 

ii : Que retenir de votre dernière étude menée par le hub Vibéo et réalisée en partenariat avec Goodwill ?

CR : Notre étude fait suite à un constat : la crise sanitaire mondiale a très largement généralisé le télétravail au sein des entreprises qui ont dû s’adapter à la situation. Dès lors, la question de ce nouveau paradigme se pose : comment les espaces tertiaires influencent-ils vraiment la performance et le bien-être des salariés, comparés à ces nouveaux usages ? Il en ressort que certains paramètres de confort comme le bruit, la luminosité ou encore la qualité de l’air, jouent un rôle considérable sur la performance des occupants d’un immeuble de bureau. Une analyse unitaire par facteur de productivité permet de mettre en lumière les trois critères les plus décisifs pour comparer la valeur d’usage d’un bâtiment de bureau versus un logement privé : le temps de trajet, la qualité de l’air et la biophilie. Le temps de trajet, devenant nul en restant à la maison, représente le facteur principal de gain de productivité pour le télétravailleur. En contrepartie, le bureau peut fournir des services « gains de temps » comme la restauration ou encore la connectivité. La qualité de l’air au sein d’un logement privé est assez méconnue et souvent peu maîtrisée, pouvant provoquer une perte de performance plus ou moins équivalente aux gains liés au temps de trajet. Enfin, la prise en compte de la biophilie, ou l’art d’inviter la nature et le vivant dans nos espaces de travail, est variable selon les situations. Si 77 % des Français estiment que leur lieu de travail manque de verdure, la biophilie peut donc provoquer des gains de productivité d’ordres de grandeur similaires au temps de trajet. En fonction de la bonne prise en compte de ces paramètres, un bureau améliorera donc le bien-être et la performance de ses usagers.

 

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ii : Justement, dans ce duel avec le télétravail, le bureau est-il mourant ?

CR : Avec la crise sanitaire, la question du télétravail n’a jamais été aussi saillante. Notre étude le démontre, les bureaux ont encore plus d’un tour dans leur sac : dans l’esprit des salariés, il doit rester le lieu « principal » de travail. Par ailleurs, 63 % des salariés souhaitent travailler la majorité de leur temps au bureau et seuls 8 % rêvent de travailler exclusivement à distance, selon des chiffres de l’Ifop et de SFL. Il n’y a donc pas d’opposition entre télétravail et bureau, et notre modélisation suggère que le télétravail peut permettre des gains de productivité seulement lorsque les bâtiments de bureaux sont standards ou peu performants : un bureau performant l’emporte toujours sur un logement privé (sauf en cas de facteur limitant comme un temps de trajet trop important). Ainsi, un certain nombre de leviers (notamment ceux mentionnés plus tôt) sont à prendre en compte pour palier au différentiel de performance et de bien-être entre les deux modes de travail. Ancrer le confort des personnes dans la conception même des espaces tertiaires se révèle alors être une clé de voûte de la performance des collaborateurs et donc des entreprises. Par ailleurs, à l’Ifpeb et au travers du hub Vibéo, nous souhaitons une transition environnementale ambitieuse, mais qui soit aussi désirable, mettant donc l’humain au cœur des projets immobiliers. Avec cette approche, le bureau continuera de tirer son épingle du jeu face au télétravail s’il est pensé « as a service » et donc comme un espace performant, au service de l’humain.

 

Retrouvez l’étude complète ici.