La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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Chaumont-sur-Loire : invitation au jardin… biomimétique

Le Domaine de Chaumont-sur-Loire a ouvert ses 32 hectares de parcs et jardins à l’occasion du Festival international des jardins, placé cette année sous le signe du biomimétisme. « Dans la période si particulière que nous vivons, nous avons voulu capter l’attention du public sur la nature. Vue non plus comme une ressource dont on use et abuse, mais comme un modèle dont on s’inspire », explique Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine et du Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire. « La compréhension et l’imitation des systèmes vivants et, en particulier, des écosystèmes naturels est l’une des clés de l’avenir de l’humanité », souligne-t-elle.

Pour cette édition 2021, 24 équipes internationales ont été retenues par le jury du festival auxquelles s’ajoutent des invités spéciaux qui ont eu « carte verte » se sont emparés de cette thématique sous des angles aussi bien écologiques, que scientifiques, poétiques et esthétiques. Le résultat : une déambulation à travers plus de 30 jardins et réalisations qui tous proposent des scénographies nouvelles et contemporaines, visant à faire comprendre, à surprendre, invitant à la rêverie, au dépaysement et à la méditation… En voici un aperçu.

 

Le séduisant jardin « Bleu désir »

Le Ptilonorhynchus violaceus ou le jardinier satiné, un oiseau à berceaux originaire d’Australie, est connu pour sa parade de séduction extrêmement recherchée qui consiste à se construire un berceau, celui de ses amours. En véritable jardinier, pour attirer sa belle, il va ordonner des objets soigneusement sélectionnés pour leur couleur, le bleu, qui est aussi la sienne. Inspiré des techniques de séduction de cet oiseau, le jardin « Bleu désir1 » s’organise de manière concentrique. L’allée principale aboutit sur une clairière où des objets bleus, naturels ou artificiels sont soigneusement agencés. Le berceau de brindilles devient un grand treillage de bois et de métal qui enveloppe le fond du jardin par ses formes courbes. D’un côté, chacun peut s’inspirer de cet oiseau jardinier en recyclant des objets délaissés qui seront le support d’une nouvelle esthétique, d’un autre, la présence de ces objets questionne sur le foisonnement de déchets dans la nature. À méditer…

 

 

Äng ou l’habitat naturel

Conçu par une équipe franco-suédoise2, le jardin Äng (« prairie » en suédois) invite à réfléchir à l’habitat naturel du vivant qui se compose de matériaux trouvés sur place, comme ici, avec ce mur en pisé se dressant au milieu d’un champ de vivaces. Historiquement, l’homme s’est comporté comme les animaux en privilégiant le bois dans les régions forestières, la maçonnerie dans les régions calcaires. Mais ce n’était sans compter sur l’industrialisation qui l’a finalement détourné des ressources locales et lui a fait perdre jusqu’aux savoir-faire propres à sa culture, dont cette construction au centre du jardin est une ode. Les murs de terre compactée, comme les végétaux alentours sont voués à se désagréger et retourner dans le sol, selon le cycle de la nature.

 

Ballet des brosses dans le vallon des Brumes

     

Le designer végétal Alexis Tricoire a investi le vallon des Brumes en mêlant design, industrie et végétal. Dans cette promenade au cœur d’un vallon boisé traversé d’un ruisseau, il a développé une cosmogonie où dialoguent végétal et rebuts industriels transformés en œuvre d’art biomimétiques. Ces rebuts sont des brosses aux formes et géométries variées qu’il a métamorphosées en ronces épaisses, fleurs, oiseaux, serpents, sorcier… rappelant une multitude d’organismes vivant imaginaires. Le vallon, plongé dans une brume (artificielle) semble le support d’un ballet d’objets dansants au gré des ombres tels des lutins dans une forêt qui devient irréelle. Amazonie, forêt japonaise… Immergé dans cet univers fantasque de land art, le visiteur vit un dépaysement total.

 

Observer le fil de l’araignée, l’organisation des termitières, la parade des oiseaux… Mais aussi la gestion des flux, de l’énergie, la purification et le stockage des eaux, la conversion de la lumière du soleil en chimie verte… et s’interroger, en tirer leçon, telle est l’invitation de cette nouvelle édition du Festival international de jardins de Chaumont-sur-Loire. La nature comme source d’inspiration et de renaissance. Vertueuse nature.

 

1. Le jardin « Bleu désir » a été conçu par l’équipe française suivante : Robin Abel Flosi et Johanna Bonella (paysagistes DPLG), Jean Robaudi (paysagiste DPLG et jardinier), Ken Novellas (paysagiste DPLG, urbaniste et doctorant en paysage) et Adèle Justin (paysagiste DPLG et urbaniste).
2. L’équipe est composée de : Aron Fidjeland et Vincent Dumay (architectes), Ella Rolf (fleuriste) et Baptiste Wullscheleger (architecte et paysagiste CESP).
Photos : © Éric Sander

 

Festival international des jardins, Chaumont-sur-Loire

Jusqu’au 7 novembre 2021

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