La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

Haut

[Vidéo] La Bourse de Commerce – Pinault Collection enfin dévoilée

Photo à la Une : Rotonde – Vue d’exposition, « Ouverture ». Urs Fischer, Untitled, 2011 (détail). Cire, pigment, mèches, acier. © Urs Fischer, Courtesy Galerie Eva Presenhuber, Zurich. Photo : Stefan Altenburger. Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier.

 

La Bourse de Commerce – Pinault Collection ouvre enfin ses portes à Paris, après moult péripéties et une date d’inauguration reportée depuis un an. Après le projet inachevé de Fondation sur l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt, initié en 2001, une implantation à Venise, au Palazzo Grassi en 2006 et Punta della Dogana ouverte en 2009, le grand collectionneur et milliardaire François Pinault inaugure sa fondation dans l’ancienne Bourse de Commerce, aux Halles, en plein cœur de Paris. François Pinault a choisi l’architecte japonais Tadao Ando* pour concevoir l’écrin qui abrite sa collection dédiée à l’art des années 1960 à nos jours, qui compte plus de 10 000 œuvres et près de 380 artistes.

 

Vidéo réalisée par Inès Beaugé.

 

Un projet qui révèle l’espace architectural

Ce projet, qui représente la plus importante réalisation du célèbre architecte nippon en France, propose au public dix galeries d’expositions, des espaces d’accueil et de médiation, un auditorium et un restaurant baptisé la « Halle aux grains » confié aux chefs aveyronnais Michel et Sébastien Bras. Sa mission consistait à transformer le bâtiment en un musée d’art contemporain sans intervenir sur l’édifice classé monument historique, dont la grande particularité est d’être circulaire. Cette forme, chère aux architectes utopistes, est une citation de l’architecture antique romaine du Panthéon au Colisée, qui avait particulièrement marqué Tadao Ando au début de sa carrière.

Afin de révéler l’« espace architectural » du bâti existant, l’architecte a érigé un cylindre de 29 m de largeur délimité par un mur en béton – comme seul lui en a le savoir, digne héritier qu’il est de Louis I. Kahn –, et de 9 m de haut au milieu du bâtiment datant du XVIIIe siècle, qui, situé sous la verrière centrale, joue avec la lumière zénithale. Ce mur porteur se prolonge en sous-sol pour former le plan de l’auditorium et du foyer. Des escaliers accolés au cylindre se développent entre le mur intérieur qu’il dessine et le mur extérieur. Ils donnent accès aux galeries qui se déploient aux étages et à une coursive encerclant le deuxième étage avec une vue intérieure à 360°.

La pureté du geste architectural crée un contraste audacieux et apaisant à la fois avec la richesse ornementale du bâtiment existant et notamment la partie inférieure de la coupole coiffant l’édifice qui révèle une peinture murale symbolisant l’histoire du commerce entre les cinq continents et datant du XIXe siècle.

Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier
Photo : © Patrick Tournebœuf


Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier
Photo : © Patrick Tournebœuf


Bourse de Commerce — Pinault Collection © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier
Photo : © Maxime Tétard, Studio Les Graphiquants, Paris

 

 

« Ouverture », exposition inaugurale

Cet écrin épuré accueille « Ouverture », l’exposition inaugurale orchestrée par le maître des lieux. En effet, François Pinault en a choisi chaque artiste, chaque projet, chaque œuvre. Le mot « ouverture », outre qu’il correspond à l’ouverture d’un nouveau lieu pour une nouvelle étape du projet de la Collection Pinault, énonce les valeurs qui lui sont attachées : la liberté d’un point de vue sur l’art qui met en valeur la diversité, la volonté de rapprocher l’art contemporain d’un très large public. Mais le mot ouverture évoque également la pièce symphonique placée au début d’un opéra, avant que le développement dramatique ne commence avec les personnages, les atmosphères, le leitmotiv qui irriguent l’œuvre dans ses grandes lignes.

Un avant-goût de la visite ? L’œuvre Untitled d’Urs Fischer située dans l’espace monumentale de la Rotonde centrale qui est un monument à l’impermanence, à la fuite du temps, au refus de ne jamais figer les choses. La réplique grandeur nature de L’Enlèvement des Sabines de Giambologna, les chaises de différents lieux et usages, l’effigie de son ami Rudolf Stingel (dont certaines œuvres sont exposées deux niveaux au-dessus), en cire, sont destinées à être allumées et fondre lentement. Pour l’artiste, « ce n’est pas tant le processus d’une disparition que celui d’une métamorphose, d’une dynamique, d’une destruction créatrice », explique le médiateur qui guide le visiteur.

Enfin, au 3e niveau, le visiteur peut découvrir la Halle aux grains, un restaurant entièrement designé par Ronan et Erwan Bouroullec. Un espace qui ouvre à la fois sur la Rotonde et son oculus, mais aussi sur la ville avec une vue inédite sur l’église Saint-Eustache, la Canopée des Halles et en arrière-plan, le Centre Pompidou.

La Bourse de Commerce – Pinault Collection invite à une rencontre avec l’art contemporain, les artistes, mais aussi l’architecture contemporaine et la ville dans une parfaite alchimie.

 

 

* L’équipe de maîtrise d’œuvre intégrait également l’agence NeM/NIney et Marca Achitectes ainsi que Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments historiques.