La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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Rémi Feredj & Laurent Taïeb

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Photo à la Une : Carole Desheulles pour Business immo global

Connue par les Parisiens comme le seul bureau ouvert toute la nuit, la Poste du Louvre a opéré sa métamorphose au cours des dernières années. Sous le crayon de l’architecte Dominique Perrault, elle devient aujourd´hui un lieu pluriel où se rencontreront collaborateurs, citoyens et vacanciers, mais aussi histoire et modernité. À l’aube de sa nouvelle vie, Rémi Feredj, directeur général de Poste Immo, propriétaire et maître d’ouvrage, et Laurent Taïeb, fondateur et président-directeur général du Groupe Laurent Taïeb, opérateur et concepteur de son volet hôtelier, reviennent sur cette opération emblématique.

Une histoire

Rémi Feredj : En 1757, c’est ici même que fut installé le premier hôtel des postes de Paris. Puis, de 1888 à 2011, la Poste du Louvre a également été un important centre de tri. Quand cet usage industriel a quitté le centre-ville, bousculé notamment par des évolutions comme la mécanisation et l’augmentation des flux, la question de l’avenir de ce magnifique bâtiment s’est posée. Notre premier geste fort a donc été de le conserver dans notre patrimoine. Pour inscrire ce projet de réhabilitation dans le temps, nous nous sommes entourés du Cercle de la Poste du Louvre, formé d’historiens, d’architectes et d’acteurs de la ville, pour ensuite confier le devenir de sa forme à des architectes, au travers d’un concours international lancé en 2012. Cela nous a conduits à retenir la proposition de Dominique Perrault Architecture. De cette rencontre et d’échanges avec la Ville de Paris a émergé l’idée d’un complexe mixte alliant plusieurs usages urbains. En tant qu’exemple de multifonctionnalité, et en raison de sa capacité d’adaptation, il pourra être très longtemps en adéquation avec les pulsations de la ville et ses changements ultérieurs. Au cœur des dynamiques urbaines, l’enjeu de cet immeuble sera de polariser l’espace, spatialement et fonctionnellement, et tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour cela.

Laurent Taïeb : Un bâtiment a plusieurs vies, et cette restructuration devra démontrer qu’elle répond à la manière dont les gens vivent en 2020. Nous connaissons bien les usages et les coutumes de ce quartier, où nous sommes présents depuis 20 ans avec le restaurant Kong. Depuis notre entrée sur le projet, en 2013, le quartier s’est encore développé, allant vers plus de luxe et plus de raffinement ; nous avons, nous aussi, fait évoluer en conséquence la décoration de nos chambres et la qualité de finition de nos restaurants. La Poste du Louvre deviendra la star de son quartier de par sa capacité importante à accueillir les gens à l’échelle locale, nationale et internationale. S’il s’avère un succès, ce dont je suis intimement convaincu au vu des efforts consentis par toutes les équipes qui sont intervenues, ce lieu sera un endroit iconique, une référence, et un incontournable de la ville.

Une ambition

RF : Si je retiens une chose de mes 40 années d’exercice professionnel, c’est la conviction qu’un maître d’ouvrage doit garder à l’esprit que le bâtiment ne lui appartient pas ; il est un bien commun partagé par tous les utilisateurs et passants qui le côtoient. En ce sens, il doit jouer un rôle pour « faire société ». Après la crise actuelle, nous espérons qu’il participera au réinvestissement des espaces communs, à la reprise des rencontres… Le défi qui s’impose à nos métiers immobiliers est celui de refaire « tribu », et le génie de Dominique Perrault est avant tout d’avoir donné la possibilité des interactions nécessaires à cela grâce à son plan masse.

LT : S’il manque quelque chose à tous dans les pays occidentaux, ce sont des lieux où se retrouver. Notre ambition pour ce projet, et sa plus grande force, est donc d’ouvrir un lieu de vie permettant à la population locale et à la communauté internationale, qui représentera environ 85 % de la clientèle hôtelière une fois la situation sanitaire normalisée, de se côtoyer. Tout a été construit pour que se mélangent les gens et les genres. À cette fin, nous avons apporté un soin tout particulier aux espaces partagés et aux extérieurs.

Un projet pluriel

RF : La mixité a toujours fait partie de notre ADN. Après tout, dès ses débuts, La Poste a réuni en un même lieu des fonctions logistiques, servicielles, commerciales et tertiaires ! Et puisque nous allons quotidiennement à la rencontre de 40 millions de foyers français, aucune entreprise ne connaît mieux que nous la France, ses territoires et ses usages. Cette fine connaissance nous positionne à l’avant-garde pour penser la mixité nécessaire à la ville. Ce sujet, au cœur de nos préoccupations depuis toujours, trouve une nouvelle fois écho au sein de ce projet immobilier où nous avons multiplié les usages pour répondre à tous les besoins des riverains tout en favorisant leurs rencontres.

LT : Il y aura à l’avenir une obligation transversale pour le secteur hôtelier, peu importe le segment de marché, de créer avant tout des lieux de vie. La mixité s’avère donc nécessaire et bénéfique à toutes les échelles. Mixité des styles, avec des codes de l’hôtellerie repris par le résidentiel, le bureau et le commerce. Mixité des populations, pour générer des lieux de flux, de l’animation, des communautés… Et puis mixité des usages, qui permet justement ces connexions et ces interactions. En alliant en un lieu unique bureaux, hôtels et restaurants, même s’il n’existe pas forcément de point de jonction direct entre les salariés et les touristes, c’est une manière de les faire tous bénéficier de services similaires… et potentiellement de leur donner l’occasion de se croiser et d’interagir. Je suis convaincu que ce genre de programme pluriel, où chaque usage se nourrit des autres, deviendra la norme.  

Carole Desheulles pour Business immo global

Ouverture

RF : Avant d’être une opération de réhabilitation immobilière, ce projet est une opération d’urbanisme. Cet immeuble a une fonction de destination et participe par la multiplicité de ses usages à un mouvement de la ville vers lui. Mais il a aussi désormais, par sa cour intérieure ouverte accessible aux riverains, une fonction de passage et de respiration dans la ville. Je rêve que les gens s’approprient ce lieu et s’offrent ici des temps de respiration, au milieu de l’agitation contemporaine. Ce choix correspond à notre vision de la ville, celle d’une ville décloisonnée.

LT : Le plus intéressant pour la Poste du Louvre est son positionnement géographique, puisque tous les gens qui travailleront, vivront ou séjourneront dans cet immeuble, profiteront de son environnement incroyablement dense et riche culturellement parlant. En matière de flux comme d’offre, ce quartier est un nouveau triangle d’or. Dans un rayon de 300 m se trouvent la rue de Montorgueil, le jardin du Palais-Royal, le musée du Louvre, la Bourse de commerce et la Samaritaine. Cette diversité et un tel niveau de qualité à l’échelle d’un quartier, c’est exceptionnel ! Et la Poste du Louvre, au centre de ce triangle, va vraiment en être le cœur battant.

Entre histoire et modernité

LT : L’entrée de l’hôtel et un de nos lieux de restauration sont situés en rez-de-chaussée, à l’angle de la rue du Louvre et de la cour Gutenberg. À cet endroit, qui est emblématique de la fin du XIXe siècle, nous sommes restés proches des codes du style de l’époque pour conserver l’esprit du lieu. En entrant, vous trouverez une interprétation moderne avec les baies vitrées sublimes de Dominique Perrault, mais aussi un décor historique et des salons spectaculaires.

Mais aucun des standards contemporains n’a été sacrifié pour autant : sur le plan de l’acoustique comme de la climatisation, des labels environnementaux, etc., ce projet est d’une grande modernité. Celle-ci se retrouve également dans le traitement de l’hôtel et sa verrière, un agrandissement pleinement inscrit dans le XXIe siècle, avec ses terrasses et son rooftop d’envergure.

RF : Si la période actuelle marque en quelque sorte le triomphe de la géographie sur l’histoire, la profondeur historique demeure importante pour un groupe comme La Poste. Nous devons cependant nous montrer prudents avec la notion de modernité. Lorsque La Poste a créé La Poste de Louvre avec l’architecte Julien Guadet, elle a été l’une des toutes premières entreprises à utiliser une structure métallique, alors symbole de modernité ! Elle a été complétée par une parure de pierres de taille dans le droit fil de la pensée haussmannienne, pour donner à l’édifice son caractère monumental. Suivent de nombreuses avancées comme l’avènement du béton ou de l’urbanisme sur dalle, qui transforment la société et montrent que la modernité est avant tout une accélération du temps et la capacité d’une forme à s’adapter à la vitesse de son époque et aux matériaux disponibles. En tant que maître d’ouvrage, la modernité de l’acte tient donc à penser l’évolution du bâtiment. Lorsque nous rénovons cet immeuble en faisant apparaître les structures et en allégeant son architecture, nous partons du principe que ce bâtiment pourra un jour de nouveau être transformé. Et c’est ce qui, plus que sa seule apparence, rend cette opération profondément moderne. 

Rémi Feredj assure depuis 2017 la direction générale de Poste Immo, filiale immobilière du Groupe La Poste. Les nouveaux usages des villes en période de transition climatique et démographique sont les sujets majeurs qu’il place au cœur de son action à La Poste. Diplômé de l’IEP Bordeaux et titulaire d’un DEA de Sciences économiques et d’un DEA d’études anglophones, il a auparavant passé 25 ans à la RATP. Au sein du département de l’immobilier et des achats dont il est directeur, il invente avec son équipe des superpositions fonctionnelles de très grand gabarit à base d’immeubles industriels dans la capitale, sur des parcelles de plusieurs hectares qui font aujourd’hui référence - Photo : © Carole Desheulles pour Business immo global
Entrepreneur indépendant et homme d’affaires autodidacte, Laurent Taïeb imprime sa marque depuis 30 ans dans la restauration parisienne avec des établissements tels que Le Kong, qu’il dirige encore aujourd’hui, et par le passé Le Trésor, Le Café du trésor, Lô Sushi, ou encore Bon, rue de la Pompe. Au cours de la dernière décennie, le fondateur et président-directeur général du Groupe Laurent Taïeb s’est aussi tourné vers l’hôtellerie en menant de front deux projets iconiques pour la capitale : l’hôtel de La Poste du Louvre et celui des tours Duo. - Photo : © Carole Desheulles pour Business immo global

Leur projet commun

Dix ans après sa fermeture, la Poste du Louvre s’apprête à connaître une renaissance orchestrée par Poste Immo, filiale immobilière du groupe La Poste, et pensée par l’architecte Dominique Perrault. La transformation de cet immeuble emblématique du 1er arrondissement parisien mènera en fin d’année à l’émergence d’un complexe mixte, avec une poste, des bureaux, des commerces, des logements sociaux, un commissariat, une crèche, de la logistique urbaine ainsi qu’un hôtel et un restaurant opérés par le Groupe Laurent Taïeb, et désormais ouvert sur la ville.  

© Florent Michel - 11h45
© L. Desmoulins
© L. Desmoulins

Article issu du nouveau numéro de Business Immo Global.

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