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Carte blanche à… Philippe Paré, Gensler France

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L’agence internationale d’architecture Gensler a pris ses quartiers à Paris en septembre 2019. Généralisation du télétravail oblige, elle s’est interrogée sur le futur du lieu de travail. Philippe Paré, lui-même architecte et directeur général de la branche française, en livre sa vision, exemple à l’appui.

Photo à la Une : © Éric Laignel

À pas de velours, entre les manifestations des Gilets jaunes, les grèves SNCF et l’apparition d’un virus qui allait paralyser le monde, Gensler – célèbre cabinet d’architecture américain fondé en 1965 – s’est installé en France, à Paris exactement, en septembre 2019. Ne comptant pas moins de 5 000 collaborateurs répartis dans 50 agences à travers le monde, le cabinet se distingue par l’éventail de ses projets et l’étendue de son savoir-faire : des tours, bureaux, hôtels, aéroports à la stratégie, l’accompagnement au changement, en passant par la signalétique, le branding graphique et bien entendu, le design. « Nous touchons toutes les sphères de la conception et avons l’habilité à croiser les expertises sur un projet donné », assure Philippe Paré, Principal et codirecteur avec William Yon de l’antenne française. Et de préciser : « Gensler Paris se veut une agence éminemment locale qui bénéficie toutefois des ressources et des expertises d’une plate-forme globale telle que Gensler. » 

Une expertise en matière de bureaux

Cette expertise, l’agence l’apporte bien entendu en matière d’espaces de bureaux. En lien avec l’interrogation autour de l’espace de travail fortement impacté par le développement en masse du télétravail, le Gensler Research Institute a mené une étude en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie sur le futur du lieu de travail afin d’esquisser le bureau de demain. Il se dégage de cette étude que la résistance à retourner au bureau après des mois de télétravail est importante au Royaume-Uni, mais moindre aux États-Unis, alors qu’en France, les salariés paraissent davantage attachés à leur lieu de travail, conscients de sa valeur ajoutée. Philippe Paré ajoute : « Il n’est pas aussi simple de penser le télétravail comme une équation où la seule variable est l’efficacité et la manière dont on s’acquitte de certaines tâches. » Selon lui, la collaboration, la convivialité, les échanges impromptus et rapides – autant de manières de travailler et de communiquer – ne vont pas de soi à distance. En prendre conscience met en lumière la manière dont on peut rendre plus performants et qualitatifs les espaces de travail.

Le bureau du futur

Fort de cette étude et de son expertise à l’international, Philippe Paré esquisse les qualités du bureau du futur qui, pour faire revenir les collaborateurs, devra être mieux qu’à la maison. « Faire l’expérience du travail ne consiste pas seulement à rester entre quatre murs, mais à profiter de services, de commerces, d’une offre culturelle que l’on peut trouver dans le quartier, voire dans l’immeuble. » S’il s’attend à une optimisation des mètres carrés, ceux-ci devront répondre à des besoins primaires tels que l’accès à l’air pur, à l’extérieur, à la lumière naturelle. Une attention spéciale devra être portée à l’acoustique et à la biophilie. Côté mobilier, exit les open spaces et les océans de tables de travail. Les collaborateurs rechercheront des espaces flexibles qui privilégient les tâches et les interactions que le télétravail ne peut pas reproduire. « La part belle sera donnée au mobilier proposant des solutions qui permettront de créer des micro-espaces. » Une diversité de typologies, d’ambiances et d’atmosphères sera recherchée du fait que le travail à distance ne se conçoit pas de manière binaire entre la maison et le bureau, mais à l’intérieur du bureau lui-même. Cette diversité peut se créer de manière très efficace par des choix de mobilier. Par exemple, des étagères peuvent servir de paravent, moduler la taille et la proportion des espaces, et représenter une opportunité pour les personnaliser. L’évolution des bureaux se verra aussi dans les salles de réunion. Des salles fermées pour une à trois personnes, et d’autres, plus grandes, équipées d’une technologie de pointe permettant le mélange des salariés en présentiel ou à distance, se multiplieront. Pour Philippe Paré il existe une dimension plus invisible encore, mais non négligeable. Les espaces de travail devront refléter les valeurs et la mission de l’entreprise. « Au final, l’entreprise véhicule un capital culturel qui s’effrite lorsque chacun se retrouve chez soi pour travailler. Il faut que les valeurs derrière lesquelles celle-ci se range soient explicites, que les espaces soient très “brandés”. »

Equinix, un bureau pas comme les autres

Gensler France vient de livrer les bureaux de l’entreprise américaine Equinix, un environnement pour travailleurs de la Tech de 1 250 m2 environ implanté dans l’immeuble Carré Sufren de Covivio, dans le 15e arrondissement de Paris. « Certains aspects du projet sont le fruit de la crise sanitaire dans la mesure où il y a eu un effort délibéré de “réenchanter l’espace de travail”, selon les mots du client lui-même », explique Philippe Paré. Dans cette optique, et outre l’aménagement modulaire du plateau « multitravail » en concertation avec les salariés, la proposition du cabinet américain s’appuie sur une trame narrative baptisée « Les madeleines de Proust ». Les salariés ont été conviés à participer au choix d’objets évoquant des souvenirs qu’ils auraient aimé trouver dans leur nouvel espace de travail. « Pour Proust, le souvenir des madeleines de son enfance à travers un objet en particulier avait un caractère apaisant. Nous avons cherché à reproduire cette sensation pour que chaque salarié se sente bien dans son environnement, un peu comme chez lui », emboîte Régis Castagné, directeur France d’Equinix. De l’horloge franc-comtoise aux fauteuils clubs en passant par des figurines ou encore des bandes-dessinées de Gaston Lagaffe… Telles ont été les pistes de recherches confiées à un brocanteur d’entreprise bourguignon. « Au final, aucun autre bureau ne ressemble au nôtre. Les collaborateurs se sentent chez eux, dans une atmosphère à laquelle ils ont contribué », conclut Régis Castagné. Philippe Paré complète : « Ces objets recyclés ont voyagé de la Bourgogne à Paris. Ils n’ont pas été manufacturés au bout du monde et acheminés par bateau. En plus des valeurs en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) que véhicule cette démarche, cela apporte à une entreprise globale comme Equinix une saveur éminemment locale, française. »  

Au sein de l’immeuble Carré Sufren, à Paris 15e, Gensler France a permis à l’entreprise américaine Equinix de « réenchanter » les espaces de travail de ses salariés qui ont contribué à créer leurs propres atmosphères - © Éric Laignel
Entourés d’objets reçyclés issus de Bourgogne qu’ils ont eux-mêmes sélectionnés, les salariés d’Equinix évoluent dans un environnement de travail propice au bien-être - © Éric Laignel

Article issu du nouveau numéro de Business Immo Global.

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