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et du pouvoir des lieux.

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Little Island, respiration au cœur de New York

Courant mai, tel un tapis de verdure posé sur la rivière Hudson, un nouveau jardin public s’est dévoilé aux New-yorkais. Little Island, une oasis verdoyante en plein cœur de la ville signée Heatherwick Studio.

 

Réhabiliter et redynamiser le quai 54, telle était la demande initiale de l’homme d’affaires américain Barry Diller et de la direction du Hudson River Park Trust. Le designer Thomas Heatherwick et ses équipes y ont de suite vu l’opportunité de créer une expérience à part entière pour les New-yorkais.

Entre les quais 54 et 56 de l’Hudson River, le designer britannique, à qui l’on doit également The Vessel à Hudson Yards, a ainsi proposé une nouvelle jetée de presque 10 000 m² à l’ouest de Manhattan. Au-delà de son esthétisme, le projet représentait l’opportunité de repenser la conception même du quai dans ce qu’il était et pouvait offrir. C’est donc par l’expérience pour le promeneur que le sujet a été traité en premier lieu et non, uniquement par son utilité.

 

 

Depuis quelques semaines, ce nouveau quai ouvre sur une île à la végétation luxuriante, connectée à la terre par de larges passerelles et ouverte sur la mer. Complètement intégrée à la ville, cette dernière offre pourtant une déconnexion nécessaire en milieu urbain. Pour ce faire, de multiples espaces destinés à différentes activités et performances ont été pensés. Un amphithéâtre de 700 places, un autre plus intime de 200 places et au centre, une étendue de pelouse plus large pouvant accueillir un public plus nombreux pour des événements plus importants. D’agréables promenades et des points de vue sur la ville et l’Hudson permettent d’évoluer dans ce dédale d’espaces végétalisés. Tel l’écrin d’une nouvelle biodiversité au cœur de la ville, Little Island recense plus de 400 espèces d’arbres, herbes, et arbustes, un aménagement paysager signé par l’agence Mathews Nielsen Landscape Architects (MNLA).

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Flotter sur l’eau et déconnecter, en retrait de la légendaire agitation new-yorkaise, est la promesse de ce nouveau lieu surprenant. Un projet aussi ambitieux qu’audacieux pour une réalisation aussi esthétique que technique.

 

Une prouesse technique

S’inspirant des pieux de bois encore présents dans l’Hudson, vestiges de l’activité portuaire du site, Thomas Heatherwick a ainsi proposé Little Island, 9 700 m² qui reposent sur des pieux de béton surmontés de 132 « pots » structurant le projet.

 

 

Se démarquant des structures traditionnellement planes des quais, Heatherwick a souhaité surélever la surface de Little Island. Un relief atypique qui confère au lieu une topographie dynamique, presque en mouvement. La première itération était l’image d’une feuille posée sur l’eau, cette légèreté se retrouve totalement dans la réalisation. En surface, le promeneur évolue dans un jardin aux airs de vallon. Sous cette oasis verdoyante, les 132 « pots » créent une arche spectaculaire, une zone préservée pour la faune marine qu’il était intéressant de recréer.

S’allonger dans l’herbe, assister à un spectacle, regarder un coucher de soleil et juste se sentir connecté avec l’eau, immergé en milieu naturel, c’est une expérience peu commune au sein d’une mégalopole. Tour à tour refuge de la tribu Lenape, embarcadère de bateau de croisière, repère de la communauté LGBT dans les années 1980, le quai 54 qui n’a cessé de se réinventer dans le temps, est aujourd’hui un espace public de quiétude, havre de paix pour les citadins et la vie sauvage.

 

Photos : © Timothy Schenk