La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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À Meudon, un ancien hangar à dirigeables devient centre d’art

Quasi abandonné depuis des dizaines d’années, le premier hangar à dirigeables au monde, classé monument historique, sera transformé d’ici à l’année prochaine en nouvelle adresse culturelle au sud-ouest de Paris.

D’un usage l’autre. Le premier hangar à dirigeables au monde, abandonné depuis des décennies à la forêt domaniale de Meudon, accueillera l’année prochaine la fondation culturelle Art Explora. L’association qui plaide pour un art plus accessible veut transformer ce lieu marqué du sceau de la révolution industrielle en une nouvelle adresse entièrement dédiée à la culture et aux événements d’entreprise. Les vastes dimensions du sobrement intitulé Hangar Y accueilleront ainsi un espace d’expositions, un café, une librairie, un atelier d’initiation artistique et scientifique pour les enfants et même un restaurant de 300 couverts au bord de l’étang de Chalais voisin.

Les histoires des lieux

La riche histoire du bâtiment sera, autant que faire se peut, conservée dans son nouvel usage. L’architecture de brique et d’acier gardera son aspect d’époque. La façade nord du bâtiment se parera toutefois de larges pans vitrés de sorte à créer un écran transparent qui laisse passer la lumière et les regards. « Un grand oculus au cœur de la façade adoucit le dessin orthogonal du découpage des éléments vitrés et rappellera le “nez” des dirigeables pointant depuis la grande nef qui les logeait », précise la fondation Art Explora dans un communiqué. Deux mezzanines qui dominent les bas-côtés de la halle constituent le seul autre changement architectural notable. Elles accueilleront les expositions temporaires de la fondation. La nef centrale, quant à elle, restera parfaitement intacte. Ces réinterprétations architecturales seront réalisées par l’agence Data.

Art Explora prévient également qu’une expérience en réalité mixte retracera aux visiteurs les nombreuses histoires du site. Aucun détail n’a été communiqué à ce sujet. On imagine toutefois que sera évoqué le passé aéronautique du hangar, qui vit stationner Le France, premier dirigeable à réaliser un vol en circuit fermé, et qui accueillit plus tard le musée de l’Air, avant qu’il ne déménage au Bourget. Cette expérience en réalité mixte relatera-t-elle de surcroît le passage de Marc Chagall, en 1964, alors qu’il travaillait au plafond de l’opéra Garnier ? Ou encore, plus récemment, le tournage d’Un long dimanche de fiançailles, le film aux cinq césars de Jean-Pierre Jeunet ?

Réhabilitation de la grande perspective

D’un usage l’autre, reste toujours l’environnement qui ceint les lieux. Ici, la vaste forêt domaniale de Meudon et l’étang de Chalais qu’avait imaginé André Le Nôtre en son temps. Art Explora entend bien en profiter et a d’ores et déjà engagé d’importants travaux de réhabilitation des alentours. « Inexploité depuis 40 ans, le parc de l’étang de Chalais révélera la richesse de son patrimoine à la fois historique, culturel, scientifique et écologique, égrène le communiqué de la fondation pilotée par l’entrepreneur et mécène Frédéric Jousset. Le projet d’aménagement du parc repose sur quatre éléments clés : la réhabilitation de la grande perspective, la création d’un restaurant et d’un bâtiment atelier et la valorisation du bois. »

La grande perspective évoque l’axe historique qui conduisait au château de Meudon à l’époque où il dominait encore la ville. Art Explora s’engage à réaménager cet axe. Quant au bois où se trouve le Hangar Y, lui aussi à l’abandon depuis des décennies, sa valorisation passera par la création d’un jardin paysager où serpentera un parcours extérieur d’œuvres d’art. Ainsi va l’âme des lieux, d’usage en usage, des ruines à la résurrection.