La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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Et si le logement de demain était celui d’avant-hier ?

Frédéric Quevillon, architecte et PDG d’Atelier Aconcept, prend la plume sur in interiors pour donner son point de vue sur le fait de revenir à l’essentiel, comme autrefois, pour concevoir le logement de demain.

 

Et si le logement de demain était celui d’avant-hier et non pas d’hier ? En effet. Lorsque nous réhabilitons les logements d’hier, nous constatons un véritable échec, rognant les grands principes de l’architecture bioclimatique.

Dans les années 1960/1970, sous l’effet du pétrole abondant, à une époque où tout devenait plus facile avec plus de moyens, nous avons construit vite, le besoin de logements était très important, nous nous sommes alors penchés sur de nouvelles expériences et avons réalisé des projets intéressants certes, mais jusqu’à l’épuisement des ressources. Nous nous sommes sans doute tous perdus.

En réalité, les solutions empiriques ont toujours existé. N’inventons rien, tout est là, devant nous : le soleil, le site, la topographie, le vent, les arbres… Revenons à l’essentiel, mettons juste en adéquation l’usage (nos modes de vie), l’environnement et le climat ; et réduisons ainsi les besoins énergétiques du cycle de vie du bâtiment (construction, exploitation, rénovation, déconstruction).

Avant-hier, nous avons su concevoir les bâtiments avec de l’inertie, des murs épais, des fenêtres bien proportionnées, nous avons pensé avec une certaine logique, n’est-ce pas simplement ça un logement qui crée une vraie qualité de vie : avec des espaces intérieurs tirant le meilleur parti du rayonnement solaire, de l’inertie thermique des matériaux et du sol, et de la circulation naturelle de l’air générant un confort d’usage, tout en bénéficiant d’un cadre de vie très agréable avec des espaces extérieurs (balcons, loggias) jusqu’à la vue.

Dans le Sud-Ouest, lorsque nous observons les bâtiments du début XXe siècle, nous revisitons cette architecture simple aux fenêtres bien disposées, ni trop grandes ni trop petites, profitant au maximum du soleil en hiver et s’en protégeant l’été, et les gens vivent bien.

Revenons aux fondamentaux et à tout ce que faisaient nos ancêtres et le monde paysan maîtrisant la terre dont la logique menait à une véritable conscience et intelligence.

L’autre interrogation est : employons-nous les bonnes méthodes ? Après l’aménageur et le promoteur, l’architecte est au bout de la chaîne, tentant d’instaurer un dialogue, combat quasi permanent.

Inspirons-nous du marché public en remettant l’architecte au premier plan. Il retrouverait son rôle qui est celui de mettre les garde-fous, seul garant de cette qualité de vie et environnementale.

Il est urgent de changer nos modes de pensées et de fonctionnement, et de prendre conscience que la qualité passe avant la rentabilité.

 

 

 

Frédéric Quevillon

Architecte et urbaniste, Frédéric Quevillon est PDG d’Atelier Aconcept. L’Atelier Aconcept affûte au quotidien ses méthodes depuis 2001 et mise sur son équipe pluridisciplinaire. Architectes, urbanistes, économistes, graphistes mettent leurs points de vue en commun au service de projets très différents, tous créant du lien dans l’espace urbain. La réussite future du bâtiment réside dans la façon dont il s’intégrera dans son environnement, dont il favorisera les liens entre les habitants et dont il stimulera de nouveaux usages au cœur de la ville.

 

 

 

Photos : à la Une : © Frédéric Quevillon ; portrait : © Olivier Desaleux