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Carte blanche à… François Brugel Architectes Associés

Photo à la Une : © Jared Chulski

L’agence François Brugel Architectes Associés a reçu le prix de l’Équerre d’argent 2023 en association avec l’agence h2o pour l’îlot Saint-Germain, dans le 7e arrondissement de Paris. Il s’agit de la transformation d’un immeuble de bureaux des années 1960 en logements. L’occasion de mettre la focale sur une agence pour qui faire avec l’existant a toujours été une évidence. Explications.

La mémoire tient une place centrale dans le métier de François Brugel. La mémoire des lieux, la mémoire des bâtiments. « Le travail collectif de l’agence tourne autour d’un principe considérant ce qui s’est passé avant et en observant les formes sédimentées, même dans des intervalles où nous allons être amenés à proposer des bâtiments neufs. » Regarder assez précisément les formes sédimentées – « des choses qui arrivent les unes sur les autres » – et entrer en matière avec elles sans arrière-pensées aucune, c’est ainsi qu’il aborde les projets et pas autrement. Au sein de son agence, qui compte une dizaine de collaborateurs, les programmes sont pris les uns à la suite des autres, proposant chaque fois un nouvel éclairage sur un lieu singulier à travers la pratique architecturale. « Cette approche permet au projet d’émerger et aussi de donner qualité au lieu en question, et ce quelle que soit son échelle », souligne François Brugel.

Futur antérieur

Le travail de l’agence s’adosse toujours à cette notion de « ce qui s’est passé avant ». À ces formes qui se sont sédimentées dans le temps selon différentes strates : histoire, histoires humaines et sociales, caractéristiques du bâtiment… « Souvent, l’architecture est définie à partir de la notion d’œuvre. On dessine un bâtiment, rappelle l’architecte. Mais le lieu a déjà vécu avant, le bâtiment a sa propre vie. On vient le compléter et le dessiner avec l’idée qu’il sera repris peut-être plus tard par d’autres. » Pour lui, le geste architectural correspond à une forme de passage. « Les choses viennent comme une forme sédimentée, elles s’appuient sur l’existant pour se projeter vers l’avant. L’idée n’est pas un retour en arrière, mais un futur antérieur », analyse-t-il. 

La Samaritaine

Parmi les projets pris les uns à la suite des autres, il y a eu celui de La Samaritaine. Soit 96 logements sociaux (7 000 m2) et une crèche. Soit 10 % du programme total s’inscrivant dans une enveloppe commune dessinée successivement aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis par Frantz Jourdain (fin XIXe), Henri Sauvage (années 1920) et aujourd’hui l’agence japonaise SANAA. Dans ces bâtiments, des types d’habitats différents sont proposés. Ainsi, des petits logements sont implantés dans les parties les plus anciennes, car il est possible de travailler des logiques de profondeur. Dans la partie de Jourdain, le plan laisse plus de plasticité, ce qui permet de composer d’autres types de logements. Des jardins d’hiver sont appliqués sur la façade nord de type commerce de manière à fabriquer derrière du domestique. Du côté de la partie neuve, des loggias sont aménagées dans la double épaisseur pour que SANAA puisse garder une forme de façade assez neutre dans l’expression.

« Le projet s’insère dans le temps long d’un édifice pérenne et remarquable, indique François Brugel. Il reste une livraison adaptable aujourd’hui à la distribution des pièces et à des organisations typologiques superposées différentes, et adaptée à des transformations possibles dans un temps à venir. »

L’îlot Saint-Germain

Autre « study case » de l’agence, et non des moindres puisqu’il a reçu le prix de l’Équerre d’argent 2023 : l’îlot Saint-Germain, rue Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris. Réalisé avec h2o architectes, ce projet consiste en la transformation d’un immeuble de bureaux en 254 logements sociaux (RIVP), un équipement sportif et une crèche. Autrefois occupé par le ministère des Armées, le bâtiment formant un L en cœur d’îlot est assez caractéristique des immeubles de bureaux des années 1960 : répétitif, ambiance un peu désuète évocatrice d’un univers de travail d’une autre époque. La difficulté est de passer d’un bâtiment d’essence tertiaire à un lieu domestique. L’édifice a pour avantage de présenter une ossature poteaux-poutres tramée avec en façade des allèges non porteuses, constituées en remplissage, donc modifiables à faible coût. Sa deuxième qualité est la lumière. Sa troisième, la pierre qui apporte couleur, matérialité et pérennité en écho aux façades anciennes qui lui font face. La transformation en logements passe donc par des choses simples : un balcon, une fenêtre, une façon d’aller chez soi. « Des choses assez élémentaires », indique François Brugel.
« Cet endroit secret devait être appropriable. Les équipements, conçus par Antoine Regnault Architecture, et les logements, dessinés par h2o et par nous, font en sorte que cet îlot, en accueillant des familles et des personnes extérieures, crée une urbanité s’inscrivant plus largement dans le quartier. C’est un des enjeux majeurs du projet. »  

« Quand on réfléchit aujourd’hui aux questions de réserve foncière, on regarde du côté des bureaux, des parcs de stationnement aériens, du côté des espaces “silencieux”. On travaille à leur adaptation à une autre situation qui est l’habitat. La question des pratiques devient centrale », relève François Brugel. Quelle est la capacité de l’immeuble à accueillir de nouveaux usages et à s’adapter à des questions thermiques, par exemple, avec des modes de construction assez éloignés des principes de construction de l’habitat sur les logiques d’épaisseur, de transparence, de longueur par rapport aux cages d’escalier. « En fait, chaque bâtiment a des caractéristiques ou des spécificités qu’il faut adapter, mais pour le coup, ce sont des enjeux extrêmement porteurs. Il est intéressant par exemple de travailler sur la chronotopie des activités à l’échelle de la ville. C’est un vrai sujet lorsque l’on aborde un immeuble de bureaux. Un immeuble de logements ne “respire” pas de la même façon qu’un immeuble de bureaux », conclut-il.  

© David Boureau
© Jared Chulski

Article issu du Business Immo Global 204.

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