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Niwa / Orash Montazami, Annette Laigneau & Sébastien Matty

Première pierre d’un campus tertiaire signé par l’agence Studio Montazami et réalisé par GA Smart Building au sein du quartier Toulouse Aerospace, l’immeuble Niwa a été conçu comme un démonstrateur du savoir-faire du promoteur toulousain et accueille depuis le début de l’année son nouveau siège. Retour sur une opération aussi ambitieuse que vertueuse avec Orash Montazami, fondateur de Studio Montazami, Annette Laigneau, présidente d’Oppidea et vice-présidente de Toulouse Métropole, ainsi que Sébastien Matty, président de GA Smart Building.

© Nicolas Navarro / CoStar

Innovation

Sébastien Matty : GA Smart Building célébrera l’an prochain ses 150 ans d’existence et a installé depuis un siècle son siège social à Toulouse. Quand nous avons pris la décision de déménager, nous avions l’ambition de réaliser un projet manifeste d’un immobilier décarboné, au service d’une expérience humaine inédite. On y trouve un vrai équilibre entre ces deux convictions et nous avons mis la technologie au service de cette ambition. Il s’agissait également d’en faire un bâtiment démonstrateur de la construction hors-site. Nous avons mis en place une stratégie bas carbone, avec une démarche en deux volets pour adapter l’immeuble au climat de demain, tout en continuant de diminuer son impact carbone. Nous avons par exemple retiré tout ce qui pouvait l’être, notamment les faux plafonds, avons opté pour des planchers actifs ainsi que pour une dalle mixte bois/béton intégrant des matériaux biosourcés et fait appel au réemploi, tant en phase construction que pour l’aménagement.

Orash Montazami : Le projet avec lequel nous avons remporté en septembre 2019 le concours d’architecture porte sur un campus de 28 000 m2, dont le siège de GA Smart Building est la première pierre. Pour répondre au cahier des charges très détaillé développé par les équipes de la société, en collaboration avec la Ville, l’ambition de ce programme devait être immense en matière d’animation urbaine, d’innovation et d’ingénierie. À cette fin, nous nous sommes alliés à l’agence japonaise Tezuka dans l’optique d’offrir une réponse décomplexée et un regard nouveau. Avec la conviction commune que l’ingénierie et la technicité doivent être partie prenante de la conception architecturale. Également avec celle, que nous partageons avec GA Smart Building, qu’il est possible dans le cadre d’une construction hors-site de produire une architecture qualitative à l’échelle de la ville en effaçant sa technicité, qui n’est qu’une façon de construire de manière plus vertueuse. Une conviction sur l’importance de la compacité et d’une symbiose palpable avec les matériaux, mais aussi l’ambition d’offrir des vues sur la ville par des transparences, avec une omniprésence de la lumière… Voilà notre écriture commune pour cette opération.

Annette Laigneau : Ce site a accueilli les pionniers de l’Aéropostale à partir de 1918, que ce soit des pilotes ou les ingénieurs qui les accompagnaient, dont l’intelligence et le courage ont constitué les prémices de ce quartier et sont venus lui donner une âme. C’est pour faire suite à l’activité industrielle aéronautique qui a suivi qu’est ensuite venue tout naturellement la création d’un campus de l’innovation puis d’un nouveau quartier, Toulouse Aerospace. En choisissant ce site pour son nouveau siège, la volonté de GA Smart Building n’est d’ailleurs pas neutre. Elle constitue un marqueur important de son ambition à s’intégrer dans la logique d’innovation que nous portons pour le renouvellement de ce secteur, tout comme le fait la proposition architecturale en s’attardant de façon marquée sur l’environnement et le paysage. Aussi, même si elle n’est pas liée à l’aéronautique, l’opération de GA Smart Building, dont on connaît depuis longtemps l’histoire, la rigueur et l’exigence, s’inscrit parfaitement dans ce site par l’innovation qu’elle propose, en mettant l’intelligence au service d’une construction vertueuse.

© Nicolas Navarro / CoStar

Urbain

AL : L’opération d’aménagement a ainsi été initiée en 2010 avec un triple objectif : le développement d’une infrastructure dédiée à l’économie de l’innovation, celui d’un quartier mixte et vivant incluant une offre de logement importante, ainsi que la préservation de sa mémoire et de son patrimoine historique, avec le musée L’Envol des Pionniers ou encore la Halle de la Machine. La vertu de cette opération tient avant tout dans sa capacité de renouvellement urbain. Ce site a une histoire à raconter, parce que Toulouse ne serait pas ce qu’il est sans son passé aéronautique. Or, bien que la Piste des Géants ait été un peu sacralisée dans le passé par les architectes des Bâtiments de France, ces derniers nous ont signifié que le plus important sur le plan historique n’était pas la conservation du bitume de cet ancien tarmac, berceau de l’Aéropostale en France, mais l’axe de son tracé. C’est de là qu’est venue notre volonté d’articuler le quartier Toulouse Aerospace autour de cette piste, avec l’ambition de la végétaliser fortement et d’en faire une forêt urbaine.

SM : Nous avons été séduits par l’innovation inhérente à ce site, tant dans son histoire que dans son développement actuel, car un élément important dans notre recherche était d’inclure notre nouveau siège dans la ville. Le quartier de Toulouse Aerospace nous a convaincus par sa mixité programmatique alliant du loisir, de la culture, des services, des commerces, de l’habitat et des activités économiques. Composé de quatre ailes s’articulant autour d’un noyau central, cet immeuble très vitré a d’ailleurs été conçu de manière à s’inscrire en dialogue avec son environnement. Il se connecte d’un côté sur la Piste des Géants, l’axe principal de Toulouse Aerospace, et de l’autre à une passerelle qui enjambera d’ici un an le périphérique, faisant du bâtiment un hub de connexion entre deux zones urbaines d’un point de vue tant modal que géographique. Ce site a par ailleurs été aussi retenu pour sa capacité à recevoir un immeuble très innovant, mais aussi parce qu’il nous dote d’un terrain de jeu pour développer d’autres surfaces. Car cet immeuble constitue la première pierre d’un campus tertiaire que nous développerons sur les terrains voisins.

OM : Les lignes directrices du site et sa topographie si particulière, notamment par sa connexion entre la Piste des Géants et la future passerelle, nous ont inspiré  l’écriture et la connexion visuelle à l’échelle urbaine. Positionner la nature et le paysage en premier plan était notre premier parti pris apprécié par le jury lors du concours d’architecture. Pour rendre cela possible, notre ancrage permet un dialogue avec l’autre élément majeur de la Piste des Géants, la Halle de la Machine, et de positionner fièrement notre bâtiment tel un signal urbain à l’échelle de la ville.

Pour un architecte, il est extraordinaire de pouvoir travailler sur un tel projet ouvert à 360° sur la ville et sur son indispensable mixité. Pour ce faire, nous avons séquencé les vues et varié les façades avec la retenue nécessaire à la conception d’un bâtiment vertueux en termes de matérialité. La façade à ossature bois, une première pour une altimétrie de cet ordre, exprime cette conviction à l’échelle de la ville, contrairement à la facilité qu’aurait représenté un recouvrement d’aluminium ou d’autres matériaux superflus.

Expérience

SM : Au moment de concevoir la programmation et l’aménagement de cet actif, nous avons avant tout focalisé notre attention sur l’expérience vécue par les collaborateurs au sein de l’immeuble. Nous avons donc imaginé un concept en trois tiers. GA Smart Building a installé ses bureaux aux premier et deuxième étages en embrassant les concepts du flex office, avec une organisation intérieure par quartier regroupant les équipes de manière thématique. Les niveaux supérieurs sont quant à eux occupés par l’opérateur Now Coworking. La zone servicielle, en socle de l’immeuble, est partagée par les équipes de GA Smart Building ainsi que par les coworkers de Now Coworking. Elle propose notamment un restaurant d’entreprise bistronomique, où nous avons fait le pari d’une carte plus restreinte, mais plus qualitative, parce que nous sommes convaincus que l’offre de restauration est clé dans l’expérience d’un travailleur au sein d’un immeuble de bureaux. En outre, le socle propose une bibliothèque, une salle de sport ainsi qu’une cuisine partagée et équipée. L’équipe de Now Coworking a d’ailleurs pour mission d’y organiser des activités pour l’ensemble des utilisateurs de l’immeuble. Nous avons voulu insérer ce bouquet de services hôteliers, qui sera complété par un commerce dont nous discutons actuellement avec des preneurs potentiels, avec la conviction qu’il sera un levier d’expérience pour tous les habitants de l’immeuble.

OM : Notre axe de réflexion pour cette opération a été avant tout la nature et le vivant. Nous avons d’abord sculpté le paysage pour ensuite implanter les usages. Dans la logique de « homey feeling » chère à l’agence Tezuka, nous avons travaillé sur une échelle un peu plus domestique où le vivant est en permanence interconnecté avec les usages. En tant qu’architecte, je vois ainsi comme une vraie réussite que ce bâtiment puisse être apprécié différemment dans son space planning et ses aménagements intérieurs. Nous avons initié l’habitat, mais ensuite chacun s’est approprié ses usages. Cette variation entre les étages occupés par GA Smart Building et ceux par Now Coworking démontre qu’un bâtiment peut être assez flexible pour accueillir des usages divers et variés. Par ailleurs, l’idée de compacité inhérente à ce projet, et nécessaire à l’échelle de la ville, profite à l’usage parce que c’est elle qui nous permet d’être innovants en matière de space planning de façon à favoriser le « travailler-ensemble ».

AL : J’ai été frappée par la qualité d’usage traduite par cette opération. Toulouse Aerospace ambitionne d’être un modèle à l’échelle de la métropole sur le potentiel que portent la réutilisation et la revalorisation du patrimoine existant. Nous n’avons plus que le choix de reconstruire la ville sur elle-même. Et pour ce faire, nous devons nous décomplexer par rapport à la hauteur pour dégager du sol et de la nature. En changeant notre façon de fabriquer la ville, le défi est donc de construire de façon plus dense tout en préservant une qualité de vie exceptionnelle, indispensable. Avec de la nature qui pénètre dans les immeubles, du regard qui peut voir loin et une mixité d’usages pensée pour offrir toutes les aménités et les équipements nécessaires. Pour relever ce défi, nous devons aussi construire une ville plus sobre, solidaire et agréable à vivre.

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Leurs bios

Sébastien Matty : entré chez Bouygues Bâtiment Île-de-France en 1996 dès son diplôme de l’École Centrale de Paris obtenu, Sébastien Matty a pris en 2004 la direction de la société Elan, spécialisée dans le management de projets, puis celle de Bouygues Bâtiment Île-de-France Construction Privée trois ans plus tard. À l’été 2014, il succède à Robert Dagrassa en tant que président de la société de promotion toulousaine GA Smart Building, où il mène une équipe d’environ 800 collaborateurs. - © Nicolas Navarro / CoStar
Annette Laigneau : vice-présidente de Toulouse Métropole en charge de l’urbanisme et des projets urbains et adjointe au maire de Toulouse déléguée à l’urbanisme, Annette Laigneau est également présidente d’Oppidea et d’Europolia, respectivement la société d’économie mixte d’aménagement et la société publique locale d’aménagement de Toulouse Métropole. Ces dernières pilotent une vingtaine de projets d’aménagement et de renouvellement urbain au sein de l’agglomération toulousaine, dont six écoquartiers. - © Nicolas Navarro / CoStar
Orash Montazami : architecte DPLG, Orash Montazami a fait ses classes de Chicago à Paris au sein de cabinets tels que Perkins&Will, PCA-Stream, 3BIS Architecture Intérieure et Atkins, avant de fonder en 2012 sa propre agence, In&Edit Architecture, qui deviendra six ans plus tard Studio Montazami. Adepte d’une approche pluridisciplinaire, le cabinet passe de l’architecture à l’urbanisme avec comme valeur cardinale l’amélioration de la qualité de vie, du bien-être et du confort de ceux qui habitent ses immeubles. - © Nicolas Navarro / CoStar

Leur projet commun

Lauréate d’un concours d’architecture lancé en 2019 par GA Smart Building et Oppidea, la SEM d’aménagement de Toulouse Métropole, l’agence d’architecture Studio Montazami s’est associée au cabinet japonais Tezuka Architects pour concevoir au sein du quartier Toulouse Aerospace, dans le prolongement de la Piste des Géants, un campus tertiaire de 28 000 m2 faisant la part belle à la nature, au paysage et au vivant. Première pierre ce programme, l’immeuble Niwa accueille sur 6 100 m² le nouveau siège du promoteur toulousain, qui s’est engagé sur un bail d’une durée ferme de neuf ans, ainsi que l’opérateur Now Coworking. Acquis en Vefa à l’été 2022 par Groupama Gan REIM et inauguré en début d’année, Niwa a été conçu et construit en tant que démonstrateur du savoir-faire de GA Smart Building, dont l’ambition était avant tout de maximiser l’expérience de ses utilisateurs ainsi que l’empreinte carbone du bâtiment. 

Ancré au sein d’un grand parc arboré, il se divise en trois volumes : un socle actif bardé de services et d’espaces communs (restaurant bistronomique, bibliothèque, cuisine partagée, salle de sport, etc.), deux étages que les équipes de GA Smart Building occupent selon une logique de flex office, ainsi que trois niveaux où Now Coworking opère des espaces de bureaux flexibles. Reliés par un escalier contemplatif pensé pour favoriser les rencontres, les plateaux s’articulent en étoile autour d’espaces centraux convergents. Au sommet, deux rooftops offrent des vues à 360°.

Mettant en avant la lumière naturelle grâce à une fenestration généreuse, les façades respirantes à ossature bois intègrent des occultations mobiles participant de la performance énergétique du bâtiment qui, tout comme l’ancien siège de GA Smart Building, produit plus d’énergie qu’il n’en consomme. Fruit d’une construction hors-site, Niwa mise en outre sur une structure bois, le réemploi de matériaux ainsi que sur la mise en place d’équipements ultraperformants.

© Nicolas Navarro / CoStar
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Article issu du Business Immo Global 204.

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