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Design inclusif à Saint-Étienne

Depuis 1998, la Biennale internationale Design Saint-Étienne fait figure d’événement aussi incontournable qu’éclectique. À la fois laboratoire et faire-valoir d’une ville marquée par la Révolution industrielle, puis dévastée par la crise, la biennale s’est institutionnalisée à travers la Cité du design inaugurée en 2009 sur le site même de la fameuse manufacture d’armes de la ville. Avec plus de 85 000 visiteurs pour ses dix ans en 2008 et près de 230 000 pour ses 20 ans, la biennale ambitionne les 250 000 pour sa 11e édition qui s’est achevée le 21 avril dernier. Son objectif : rendre le design accessible à tous. Pari difficile pour la commissaire principale, Lisa White, à la tête du département Lifestyle and Interiors / Vision au sein de WGSN, l’un des plus grands cabinets de veille des tendances, installé à Londres. Interview dans le cadre de la biennale 2019 intitulée « Me You Nous. Créons un terrain d’entente ».

in interiors : Pourriez-vous commenter le titre de votre exposition « Systems, not Stuff » ?

Lisa White : Le design traite de plus en plus des systèmes et moins des objets seuls. En proposant des ambiances, des milieux, des expériences, il crée aussi des connexions aux choses, mais surtout entre les gens. À la fin d’une décennie, designer un « terrain d’entente » signifie qu’il n’est jamais trop tard ou trop tôt pour traiter d’inclusion. Designer pour le futur se fera en collaborant avec l’industrie, la nature, la technologie, les individus et, bien sûr, la terre, afin de créer des produits et des systèmes qui ont une véritable profondeur.

Lisa White

ii : Quelles sont les pistes de recherches mises en avant dans votre exposition ?

LW : À côté de cette notion de design inclusif, je présente des pistes prospectives concernant la création d’objets durables et biodégradables. Ceci débouche sur des projets faisant intervenir des organismes biologiques : mycélium de champignon, algues, bactéries, levures, lichens. Cette « biofacture », pour travailler avec la nature sans la détruire, est pour moi symbolisée par une chaise qui a poussé dans un arbre. En greffant des saules, le Britannique Gavin Munro crée des meubles à cueillir après sept ans de soins. Mais je présente aussi des biomatériaux comme cette sorte de cuir, aujourd’hui en production et fabriqué à base de champignons (et donc sans souffrance animale). Travailler avec des bactéries pour faire de la couleur, être en symbiose avec la nature en utilisant des algues pour faire du plastique etc., tout ceci représente un début pour bien d’autres recherches expérimentales.

ii : Quelle pourrait être la place des technologies dans ces nouveaux « terrains d’entente » ?

LW : Nous allons vers un avenir où l’intelligence artificielle va remplacer un certain nombre de tâches répétitives, non pas manuelles, mais mentales. Les machines de l’avenir seront très différentes de celles que l’on connaît aujourd’hui. Dans l’exposition, pour donner un exemple onirique, une machine fabrique des pierres à partir de la poussière, un robot mêle jeu et intelligence artificielle face à une paroi fabriquée en impression 3D pour intégrer de la végétation. En repositionnant le design dans sa mission première qui est de trouver de nouvelles solutions, l’intelligence artificielle apparaîtra moins inquiétante, plus inclusive.