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Le « Palais social » de Godin, ou le coliving du XIXe siècle

Un bâtiment misant sur le vivre-ensemble, dont la taille des logements peut évoluer en fonction des besoins de familles qui l’occupent et faisant la part belle aux espaces communs et aux services : voilà ce que Jean-Baptiste André Godin a bâti à Guise… au XIXe siècle.

Le 2 octobre, une vingtaine de membres du Club Innovation & Immobilier sont partis découvrir le Familistère de Godin. « Pourquoi réinventer la roue en permanence ? », sourit Olivier Monat, agitateur du club. « Il se trouve qu’avec le coliving, on redonne vie à une utopie du XIXe siècle, celle du philosophe socialiste Charles Fourier, qui a imaginé les phalanstères : des lieux coopératifs et solidaires de vie et de travail. Un concept qui a donné naissance à de nombreux projets à travers le monde. Le familistère de Godin est l’un des plus célèbres. Voilà pourquoi nous avons trouvé judicieux d’emmener les professionnels de l’immobilier, qui imaginent la ville de demain, à la découverte de ce qui se faisait de plus innovant hier… »

Construit entre 1859 à 1884 par l’inventeur des poêles Godin, à Guise, dans l’Aisne, à proximité de son usine, le Familistère accueillait 2 000 habitants. Ce « Palais social » devait permettre la redistribution aux travailleurs des équivalents matériels et intellectuels de la richesse, dans le but d’une émancipation sociale et politique pacifique. Et gare à ne pas confondre ce projet avec une cité ouvrière. Bien sûr, Godin éprouve la nécessité de sédentariser une importante main-d’œuvre. Mais il ne repose pas sur le principe du logement individuel accessible à la propriété, mais sur celui de l’habitat unitaire locatif. Ici, pas de château du patron ou de maisons d’ingénieurs. Un même lieu abrite les appartements du fondateur, de l’institutrice ou du mouleur. Tous construits sur le même modèle : derrière une première porte, une entrée dessert deux appartements de deux pièces, pouvant être réunis en un seul si la famille s’agrandit.

Côté services aussi, l’équité est de mise. Et l’offre disponible est large ! Au programme : des magasins, une buanderie et une piscine, un jardin et des promenades, une crèche, un théâtre, et même une école… laïque ! Pas question de faire rimer logement social et logement minimum… « Ce n’est pas le logement bon marché qu’il faut créer, car le logement bon marché est le plus onéreux pour l’homme ; ce qu’il faut édifier, c’est le logement de la véritable économie domestique, c’est l’atelier du bien-être et du bonheur humain », écrit-il dans Solutions sociales, en 1871.

Après une décennie de restauration, le Familistère, toujours habité, est aujourd’hui un musée de site qui raconte l’aventure d’un idéal à travers 5 000 m2 d’expositions et plusieurs hectares de jardins - © Familistère de Guise - Photos : Xavier Renoux, 2016