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« L’idée est d’alerter sur les éléments qui vont faire bouger les lignes dans l’aménagement intérieur »

NellyRodi, bureau de conseil international en style et innovation dans les secteurs de la mode et de l’art de vivre, accompagne Maison&Objet pour célébrer son 25e anniversaire. L’occasion pour le salon de se tourner vers l’avenir et décrypter dans ses éditions de janvier et septembre prochains les attitudes, les envies et les attentes des générations Y et Z. Explications de Vincent Grégoire, Consumer Trends Director chez NellyRodi.

in interiors : Quel rôle joue l’agence NellyRodi dans l’organisation du salon Maison&Objet ?

Vincent Grégoire : Nous sommes partenaires du salon Maison&Objet depuis de nombreuses années. Nous l’accompagnons dans son évolution en fournissant des clés de compréhension des tendances de fond. Pour l’année 2020, à l’occasion des 25 ans du salon, nous cherchions un thème structurant, qui puisse s’étendre sur l’échéance de janvier et de septembre, plutôt que de faire une commémoration. Nous avons choisi de nous tourner vers la génération des 25-35 ans et ses attentes, car elle dispose désormais d’un pouvoir d’influence et d’un pouvoir économique aussi. D’où le choix du thème de Maison&Objet 2020 : « Ready for a new generation ».

ii : Au travers de ce thème, que souhaitez-vous mettre en lumière ?

VG : Cette génération des 25-35 ans a été marquée par les crises à répétition et la disruption technologique. Elle n’a pas connu de périodes d’euphorie comme les générations précédentes, ni la vie sans internet. L’idée est d’alerter les exposants et les visiteurs du salon sur la façon dont ces éléments vont faire bouger les lignes dans l’aménagement intérieur, tout en rapprochant les différentes générations autour de valeurs communes. Nous avons pu identifier deux marqueurs pouvant avoir des incidences sur les tendances de Maison&Objet : il s’agit d’une génération engagée et augmentée. En janvier, tous ces sujets seront posés dans les grandes lignes pour qu’en septembre, tout puisse être développé au travers d’une mise en scène particulière.

ii : Selon vos réflexions, quelles sont les attentes fortes de cette génération ?

VG : Parmi les grandes tendances que nous avons définies pour Maison&Objet, la première est le rapport à la nature, aux ressources et à la biodiversité. Par exemple, la part croissante des végans dans cette génération va avoir une incidence sur le choix des matériaux, l’emploi du cuir ou de matières biosourcées. Cette tendance inclut une réflexion sur l’éthique, le commerce équitable, la seconde main ou la production de déchets. On peut voir des premières initiatives en ce sens, comme Ikea qui a lancé un système de location.

Cette génération est aussi dans le « co » sous toutes ses formes : coworking, coliving, cocreating, cothinking. Cette tendance induit de nouvelles formes de communication, voire de commerce. De plus, cette horizontalité dans leurs rapports entre eux les amène à aller chercher par eux-mêmes les nouvelles tendances et les nouveaux créateurs. C’est pour cela que les collaborations entre les marques et les designers classiques n’ont plus beaucoup de sens pour cette génération qui se dispense de leur intermédiaire. Enfin, la data, l’intelligence artificielle et la robotisation vont venir de plus en plus s’implémenter au mobilier : des canapés avec wifi et enceintes intégrées, des imprimés personnalisés, etc.

ii : Cette génération est aussi très connectée. Comment cela impacte l’aménagement intérieur ?

VG : Par son rapport au numérique, cette génération est en attente de plus de fluidité et d’agilité. Elle recherche également l’expérimentation et la personnalisation de ces expériences. Cela impacte en premier lieu l’esthétique, car c’est une génération qui ne découvre le monde qu’au travers d’éléments rétroéclairés, d’où une perception totalement différente des volumes, des couleurs, des symboles et des matières. Dans leur univers hyperconnecté, le lit devient le centre du monde, depuis lequel ils peuvent accéder à tout, d’où la mutation du marché de la literie. Le numérique profite aussi au business du bien-être, qui induit toute une offre nouvelle : diffuseurs connectés, assistants personnels, etc. Ce sujet inclut aussi la pollution, la plus importante pour eux étant sonore, d’où le développement des casques, des panneaux acoustiques, des matériaux amortissant les sons.

ii : Vous parlez d’une génération du « co » à l’heure où le coliving fait de plus en plus parler de lui justement. Qu’implique-t-il en termes de tendances dans l’aménagement intérieur ?

VG : Ce qui apparaît comme complexe, c’est que chacun veut exprimer une personnalité propre, tout en ayant des valeurs de partage et d’échange. Dans les choix d’aménagement qui sont faits, deux tendances se dégagent : certains recherchent une neutralité pour plaire au plus grand nombre, tandis que d’autres vont vers une offre personnalisable selon les morphologies et les caractères de chacun. Dans l’aménagement des pièces de vie, on observe déjà des changements. Ainsi, par exemple, à l’heure du nomadisme, des smartphones et autres tablettes, le canapé multiplie les fonctions, si bien que la table basse, devenue une contrainte, est remise en cause et est supplantée par d’autres types d’objets. Enfin, une autre conséquence de cette recherche de modularité est de tout avoir sans rien posséder, c’est-à-dire tout avoir en location pour modifier l’aménagement selon les besoins.

ii : Les marques sont-elles bien avancées dans la prise en compte de ces nouvelles tendances ?

VG : On voit de plus en plus de bonnes volontés de la part des enseignes. Ce qui est certain, c’est que s’adapter à ces nouvelles tendances n’est pas facile à entreprendre, car cela remet en question des modèles économiques établis. Par exemple, nous avons anticipé avec notre pôle étude que, d’ici 2025, 65 % du business de la mode sera tiré par la seconde main ! Ce qui peut paraître anecdotique aujourd’hui sera incontournable demain, et si l’impulsion ne vient pas des marques, elle viendra d’autres acteurs dédiés, d’où la nécessité pour elles de ne pas ignorer cette new generation.

© AETHION
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