La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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« Les designers se doivent d’anticiper les nouveaux modes de travail »

Chantal Hamaide – © Richard Dumas

Journaliste, fondatrice et directrice d’Intramuros de 1985 à 2017, magazine spécialisé dans le design, l’architecture et le graphisme, Chantal Hamaide a été commissaire d’exposition de l’espace Work! qui a vu le jour au salon Maison&Objet en septembre dernier. Elle fait pour in interiors un premier bilan de cette expérience.

in interiors : Comment avez-vous vu évoluer le secteur du travail ?

Chantal Hamaide :  Aujourd’hui, la mutation de la durée des contrats et la flexibilité du temps de travail impactent le lien même au cadre professionnel. Il suffit d’observer l’émergence de nouveaux lieux de travail tels que les cafés et les espaces de coworking pour s’en convaincre. Ces lieux éphémères qui redessinent le cadre du travail au profit d’aménagements empruntant le vocabulaire de la maison impliquent de penser et d’utiliser de nouveaux outils, objets et espaces.

ii : Comment avez-vous traduit cette mutation dans l’espace Work! de Maison&Objet ?

CH : J’ai été commissaire de l’exposition de mobilier « What’s New ? » dans l’espace Work! On y voyait un îlot où les gens pouvaient se regrouper pour travailler et se détendre. Afin de faire écho à cet espace, j’ai sélectionné parmi les objets exposés au salon ceux qui étaient mobiles, confortables et fonctionnels et surtout qui pouvaient trouver une place au sein d’espaces de travail. J’ai joué le jeu à l’extrême en choisissant des objets miniaturisés, techniques, mais aussi, par contraste, des plaids en cachemire ou un gros coussin où l’on pouvait enfouir sa tête et ses mains pour faire une sieste. Ces objets révèlent un double usage bureau et maison. Ils sont à l’image de la mutation que je perçois aussi bien dans le monde de la maison que dans celui du bureau qui tendent à l’hybridation.

ii : Quel rôle les designers ont-ils à jouer ?

CH : Les designers ont une carte à jouer. Ils se doivent d’anticiper ces nouveaux modes de travail comme l’ont fait par exemple Edward Barber et Jay Osgerby avec le Soft Work édité par Vitra. Les designers ont une très grande responsabilité parce qu’ils sont chargés de « perturber » une marque de l’intérieur. Il leur est demandé de servir l’objectif de la maison tout en l’inventant. Les maisons qui collaborent avec des designers sont celles qui sont le plus convaincues de leur utilité. Petite Friture, par exemple, un jeune éditeur français, a fait appel à BrichetZiegler pour une collection de sièges. Les designers l’ont déclinée en outdoor. Ils répondent à la logique d’une marque tout en prolongeant la démarche et en intégrant la notion de pérennité, car un design à la mode n’a aucun sens. C’est ce que les entreprises souhaitent. Plus largement, la profession de designer devrait être davantage intégrée à un niveau politique, notamment en ce qui concerne la responsabilité écologique. En ce sens, le designer a un rôle essentiel à jouer dans la société.

Espace WORK! à Maison & Objet, septembre 2020 - © Chantal Hamaide