La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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5 colivings à la une

Photo à la Une : © Colonies

À l’intersection entre hôtellerie, séjour de courte durée, services à la personne et immobilier résidentiel, le coliving se développe à grand pas. Résidences multiservices ou petits ensembles « communautaires », les offres et les acteurs se multiplient. Pour comprendre les contours de ce qui s’impose à la fois comme un nouveau mode de cohabitation et un marché immobilier émergeant, in interiors vous propose une visite de cinq concepts « brandés coliving ».

Colonies optimise le vivre-ensemble

« Les gens en colocation partagent un appartement designé pour une famille, alors qu’ils n’en sont pas une, explique François Roth, cofondateur de Colonies. La vraie spécificité du coliving, par rapport à l’habitation standard, est d’être conçu par des architectes et des opérateurs afin d’optimiser l’expérience des occupants à tout point de vue, en concevant spécifiquement des services, une expérience et des espaces pour que le vivre-ensemble se passe au mieux. » Portant l’ambition de permettre à des gens de tous horizons de vivre ensemble de manière confortable et de régler les frictions inhérentes au marché du logement dans une grande ville d’Europe, la start-up conçoit et exploite des espaces de logements clé en main dont le tarif inclut l’ensemble des services attendus, et offrant une autonomie complète à ses locataires. « Paradoxalement, la chose à travailler le plus pour que la vie en communauté se passe bien est l’espace privatif, continue François Roth. Nous cherchons donc à privatiser l’ensemble des éléments nécessaires à l’habitation, comme la salle de bains, les toilettes et la cuisine. »

Ensuite, Colonies opère une gradation de la mutualisation des espaces en proposant des espaces semi-communs, par exemple un grand salon et une cuisine partagée seulement par une dizaine de colivers, et d’autres « super-communs », ouverts à l’ensemble des occupants. Plutôt localisés au sous-sol, au rez-de-chaussée ou au dernier étage, ils proposent des services difficiles à s’offrir avec un budget classique, comme une buanderie, un espace fitness, une salle événementielle ou un espace de coworking. À budget équivalent, Colonies espère que son locataire bénéficie d’une meilleure expérience que dans un logement classique. Ce qui ne signifie pas nécessairement plus grand, conclut François Roth : « Le mètre carré coûte extrêmement cher dans les villes où nous nous implantons, donc le nerf de la guerre est de réussir à l’optimiser. Notre conviction est qu’un appartement de 20 m2 parfaitement dessiné par un architecte et aménagé avec un gros budget offrira une meilleure expérience qu’un 30 m2 mal conçu. Et, grâce à des espaces communs de plusieurs centaines de mètres carrés, nos clients se sentent beaucoup plus à l’aise. »  

© Colonies

La Casa, la communauté avant tout

« Une partie de l’offre de coliving se rapproche aujourd’hui davantage du format hôtelier, où l’on promet avant tout de la flexibilité », estime Victor Augais, fondateur et CEO de La Casa. À cette vision, la start-up française oppose un coliving communautaire, proposant une vraie vie en collectivité. Plutôt que d’investir des immeubles imposants, La Casa cible de grandes maisons en banlieue parisienne, proches des transports en commun et capables d’accueillir 10 à 15 personnes. Chaque occupant y trouve une chambre de 15 m2 avec sa salle de bains, mais partage les autres espaces (cuisine, salle à manger, salon, jardin, terrasse, barbecue…). « Les parties communes doivent avant tout être chaleureuses et inspirantes pour marquer une vraie différence avec ce que peut proposer un studio, selon Victor Augais. Le côté maison est aussi très important pour nous, afin que les occupants se sentent vraiment chez eux. C’est pourquoi nous intégrons toujours un jardin avec des espaces verts, une terrasse et un coin salon de jardin. »

Pour concrétiser sa vision communautaire, La Casa accorde à chacune de ses résidences un thème qui lui est propre : Casa des chefs pour les foodies, Casa du cinéma pour les cinéphiles, ou Casa des sportifs pour les athlètes. « Notre mission est d’aménager des maisons de coliving pour créer des communautés de futurs amis, développe Victor Augais. On peut dire que nos résidences se choisissent, car pour les développer, nous recrutons des fondateurs qui seront les premiers à aménager dans une nouvelle Casa, en fonction de leur motivation envers le thème et la vie en communauté. Ceux-ci coopteront ensuite l’autre moitié de la maison. » Après une première ouverture l’an dernier, La Casa compte aujourd’hui cinq maisons et entend croître dans l’année qui vient au rythme d’une nouvelle résidence par mois, avec l’objectif d’atteindre la centaine à travers la France dans les cinq ans.  

© La Casa

Sharies, le prêt-à-vivre

Ayant partagé un appartement en tant que colocataires, les cofondateurs de Sharies, Julien Morville et Augustin Midon, ont vécu aux premières lignes le défi que représente un appartement sur le marché résidentiel français d’aujourd’hui. « Nous faisons face à une société qui a radicalement évolué dans ses usages, ses modes de vie et de consommation, estime Julien Morville. On se retrouve donc avec une distorsion astronomique entre le produit qu’est capable de nous apporter le marché et les attentes des utilisateurs. L’ambition de Sharies est plutôt de partir des nouveaux usages recherchés par cette large population que représentent les jeunes actifs et de concevoir le produit qui y répond. » 

Un produit qui, pour la start-up, doit être facile d’accès au travers d’une approche digitalisée avec un niveau de garantie un peu moins exigeant que ne le demande le marché traditionnel, et flexible dans sa mise en œuvre. Gaz, électricité, internet, mobilier : Sharies propose des appartements « tout inclus » de 15 à 18 m2 et cherche à éliminer toutes les contraintes, continue Julien Morville : « Le caractère plug & play des espaces que l’on développe est essentiel, avec une offre de logement prête à vivre, suffisamment confortable pour que l’utilisateur puisse se sentir chez lui. Et qu’elles soient privatives ou partagées, nous appréhendons globalement la valeur d’usage attribuée aux surfaces que nous mettons à disposition. »

Pour maximiser cette valeur d’usage, Sharies consacre 30 à 35 % de ses résidences aux espaces partagés, comme une salle de fitness, un espace événementiel ou une salle de projection. Une proposition de services que la start-up complète par ailleurs par une offre de restauration et des espaces de coworking ouverts sur le quartier. « Aujourd’hui, nous n’avons jamais été aussi connectés, mais finalement aussi seuls. Le produit immobilier doit, à travers sa façon d’être conçu, être en capacité de recréer du lien social, analyse Julien Morville. Et pour répondre à cet enjeu, notre idée a été de travailler une offre d’habitat partagé, notamment avec des espaces communs confortables. Face à cette valeur d’usage, le résident ne se cantonnera donc pas seulement à considérer son espace privatif, mais l’ensemble des surfaces qui lui sont offertes. »  

© Sharies
© Sharies

The Babel Community, le coliving à grande échelle

Chez The Babel Community, le coliving doit avant tout être une réponse immobilière aux besoins des jeunes actifs souhaitant vivre en ville dans un logement confortable, flexible, accessible et convivial, selon son cofondateur, Benoît Jobert : « Aujourd’hui, le jeune urbain est nomade et a donc besoin d’un logement sans engagement, de manière à être capable de s’y installer ou de le quitter du jour au lendemain. De plus, parce qu’il n’est plus étudiant, il a envie de vivre dans un vrai logement proposant par exemple du mobilier confortable et une cuisine équipée. Enfin, il a besoin de rencontrer des gens, surtout s’il est un nouvel arrivant. »

Comment apporter un logement de qualité et une offre de services à un prix attractif ? Pour The Babel Community, à la fois investisseur – en partenariat avec la Caisse des dépôts et consignations – et exploitant, la solution est d’abord une question de taille, de manière à amortir le coût de services tels qu’une salle de sport, un ciné-club ou un entretien hôtelier. « Big is beautiful dans le coliving ! lance Benoît Jobert. Plus vous serez gros, plus vous pourrez apporter des services tout en proposant un prix attractif. » Sa première résidence marseillaise se constitue ainsi de 80 unités d’habitation allant de la chambre en colocation au T3 sur 4 000 m2. La société, qui souhaite atteindre le cap des 25 résidences d’ici 2025, réalise par ailleurs en ce moment sa deuxième implantation dans la cité phocéenne sur 7 000 m2 – 160 appartements dans les anciennes Galeries Lafayette de la rue Saint-Ferréol –, et prépare à horizon 2022 un projet de 12 000 m2 à Grenoble, totalisant 350 logements. 

Autre élément de réponse pour The Babel Community : ajouter à son activité coliving une offre de coworking, ce qui lui permet de mutualiser ses services et de maximiser leur utilisation. « Dans un immeuble de simple coliving, la salle de sport est vide toute la journée, constate Benoît Jobert. Or, parce que nous avons une offre de coworking, elle est utilisée chez nous durant toute la journée, puis le soir par les colivers. » Pour faire le lien entre coworkers et colivers, une happyness officer organise différentes rencontres thématiques et des entraîneurs sportifs donnent des cours collectifs, ouverts tant aux clients de The Babel Community qu’aux habitants du quartier.  

© The Babel Community
© The Babel Community

Le village urbain selon Kley

Spécialiste du logement étudiant depuis son lancement en 2014, Kley prépare son entrée sur le secteur du coliving avec Kley Urban Village. Investisseur, propriétaire et opérateur, le groupe développe un concept de résidence, dont les premières ouvertures sont attendues en 2022, pensé pour répondre aux besoins des jeunes actifs et tenant compte de leur style et de leur sensibilité à la vie en communauté. « La résidence coliving n’est pas réellement un concept immobilier, mais plutôt un mode de vie, estime son président-directeur général, Jean-Baptiste Mortier. Les jeunes actifs sont souvent urbains et cherchent à être proches des commodités de la ville, mais souhaitent aussi habiter dans un environnement à l’esprit “village”. Notre but est donc d’offrir aux jeunes actifs un lieu de vie qui leur permette d’interagir avec leur communauté, de vivre avec des gens qui leur ressemblent, et dans un cadre chaleureux et moderne. »

Pour répondre à ces attentes, Kley repense complètement son modèle d’aménagement des espaces. Là où la chambre d’étudiant fait en moyenne 18 m2, celle du jeune actif ne devra pas faire moins de 23 m2. Les espaces communs mis à disposition des utilisateurs dans les résidences Urban Village seront de 2,5 m2/lit, contre 1,2 m2/lit pour les résidences étudiantes Kley. « Évidemment, le modèle économique n’est pas le même puisque le coliving s’adresse à une population ayant un pouvoir d’achat, contrairement à l’étudiant, explique Jean-Baptiste Mortier. Aussi, l’offre de services sera différente et adaptée aux attentes d’un jeune travailleur, avec par exemple un restaurant/bar lounge ou une salle de sport crossfit, qui seront par ailleurs ouverts sur la ville. » La programmation des chambres ira du T1 au T5 en colocation, en passant par des T2 en duplex, accessibles pour une nuit comme pour un mois, six mois, un an, ou plus. Signe de sa confiance envers cette classe d’actifs naissante, Kley prévoit la création d’un peu plus de 5 000 lits de coliving sur tout le territoire dans les quatre prochaines années, et entend ouvrir ensuite au moins trois à cinq établissements par an à partir de 2022.

© Kley