La revue des nouveaux usages
et du pouvoir des lieux.

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Le choix de l’urbanisme tactique

Frédéric Quevillon, architecte et fondateur de L’Atelier AConcept, prend la plume sur in interiors pour donner son point de vue sur la nécessité d’adopter un urbanisme dit « tactique »

Urbanisme transitoire ou tactique ?

L’urbanisme transitoire et l’urbanisme tactique sont deux concepts similaires. La nuance qui les distingue réside dans la temporalité de leurs effets. Ainsi, l’urbanisme tactique renvoie à la mise en place d’éléments de ville amovibles, agiles pour les proposer à l’usage. Cette façon d’appréhender l’urbanisme tactique peut s’inscrire sur le long terme : si ce qui a été mis en place fait ses preuves. La continuité n’est par contre pas un critère, à l’image d’un festival de retour périodiquement chaque année dans une ville, comme les Solidays tous les ans à l’Hippodrome de Longchamp à Paris, ou encore d’une brocante récurrente en début de mois.

L’essence même de l’urbanisme tactique réside dans son agilité, avec la réversibilité qui en découle. C’est grâce à cette capacité d’adaptation que l’urbanisme tactique crée des usages utiles, répondant aux besoins et demandes des utilisateurs.

L’urbanisme transitoire renvoie à une notion d’accompagnement au changement, une transition avec une date de fin. Il s’agit également de mettre à profit un patrimoine immobilier vacant pour une période donnée, ou bien pour le transformer totalement. Cette transformation peut se faire à bas coûts (ce qui rend ce concept très intéressant, car le budget n’est alors plus une contrainte), ou encore de manière collaborative (ce qui incite à tisser du lien social en favorisant la solidarité). De ce fait, le point de vue est « user-centric » et correspond à un réel besoin de repenser l’urbanisme de demain, en provoquant un réel bousculement afin de replacer les attentes des usagers au cœur de la réflexion.

D’autres secteurs peuvent en bénéficier à l’image de l’environnement, en évitant le gaspillage ; ou encore l’innovation en offrant des espaces expérimentaux.

Les collectivités y trouveraient leurs comptes notamment en termes de stratégie urbaine, en alliant l’hybride socioculturel aux considérations spatiales. Cette vision permet également de toucher une cible plus large d’utilisateurs.

Il s’agit d’un urbanisme que l’on peut qualifier de citoyen épousant des quartiers en transformation et conscient des problématiques environnementales. Des initiatives telles que celles portées par l’association Yes We Camp, permettent de transformer des sites de chantier en suspens en pépinières, lieu de vie et de rencontres, à l’image de leur projet « Vive les groues » à Nanterre. Il s’agit d’un projet d’urbanisme transitoire s’étendant sur 9 000 m2 dont l’enjeu est d’occuper pendant 5 à 8 ans le site d’une ancienne usine de matériaux de Nanterre en installant une pépinière, un lieu de vie, de rencontre et d’apprentissage, au cœur d’un quartier peu habité et peu fréquenté.

Quelles actions collectives pour l’urbanisme de demain ?

En effet, il paraît dorénavant difficile d’envisager l’urbanisme de demain sans considérer celui d’aujourd’hui, déjà existant et parfois (trop souvent) laissé à l’abandon.

C’est en ce sens que le 26 août 2019, la Charte en faveur de l’urbanisme temporaire* a été instaurée, afin d’éviter de geler un nombre trop important de mètres carrés, ou encore empêcher l’obsolescence urbaine. Cette charte de 8 principes a été signée à ce jour par 15 partenaires et sert de modèle à une ambition collective de concevoir la ville autrement.

En parallèle, il est nécessaire de développer de nouveaux leviers complémentaires, notamment via des modèles économiques plus cohérents qui peuvent accompagner de tels projets.

De l’urbanisme tactique vers un urbanisme social ?

La question de la redéfinition des rôles des différents acteurs (publics et privés) se pose alors.

L’urbanisme social est une notion qui s’apparente à l’urbanisme tactique. À travers de nouveaux projets, il permet de transmettre des informations à ses utilisateurs. Par exemple, le projet Football’s ways of development — Architects for Humanity, Atelier Aconcept a souhaité sensibiliser la population africaine en distillant des informations à propos du SIDA via un élément fédérateur du pays : le football. Le concept était de disposer des affiches préventives sur la maladie à l’intérieur de cages de football le long des routes. Cela semble ouvrir une voie vers un urbanisme plus social, tout en proposant des transformations progressives. Le moteur de cette nouvelle conception de l’urbanisme sont les besoins, aussi nombreux soient-ils, que les utilisateurs expriment et qui sont à la jonction de plusieurs domaines, tels que la praticité des espaces publics ou encore l’extension des espaces à cause de la densité de population.

© Olivier Desaleux

Frédéric Quevillon est architecte fondateur de L’Atelier AConcept. L’Atelier Aconcept affûte au quotidien ses méthodes depuis 2001 et mise sur son équipe pluridisciplinaire. Architectes, urbanistes, économistes, graphistes mettent leurs points de vue en commun au service de projets très différents, tous créant du lien dans l’espace urbain. La réussite future du bâtiment réside dans la façon dont il s’intégrera dans son environnement, dont il favorisera les liens entre les habitants et dont il stimulera de nouveaux usages au cœur de la ville.