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Coliving : la promesse du bien-vivre ensemble

Photo à la Une : Zoku, à Amsterdam, est un « home office hybrid » qui promeut une vie « sociale et locale » comme remède à l’isolement des travailleurs nomades – © ewout huibers, Concrete et Zoku

Pensions de famille, phalanstères, kibboutz, colocation… Ces configurations du vivre-ensemble existent déjà dans de nombreuses cultures. Mais à l’heure de l’économie collaborative, le coliving tente de s’imposer comme une alternative à l’habitat de la métropole contemporaine. Retour sur ce modèle hybridant habitat, loisirs et travail.

Le 14 mai 2019 était la journée mondiale du Bien-vivre ensemble. Les organismes vivants sont contraints de coexister sur un temps plus ou moins long. Le développement de l’humain n’est jamais autre chose qu’une histoire de couplages, de codéveloppement. Partager son espace avec les autres, n’a alors a priori rien de disruptif : pensions de famille, phalanstères, kibboutz, ou colocation – 25 millions d’Américains sont « roomates » à un moment ou à un autre de leur vie –, de nombreuses configurations existent selon les cultures et les époques. Pourtant, dans la déferlante de la sharing economy, se déploie depuis ces cinq dernières années le concept de « coliving » une hybridation entre habitat, espace de loisirs et de travail, et nouvelle culture des générations Y et Z. Bouleversant désormais visiblement le marché de l’immobilier, qu’est-ce donc que le coliving ?

Dans un monde où, en 2050, 6,7 milliards d’êtres humains vivront en ville, le coliving est présenté comme une forme d’habitat contemporain idéal à la vie collective. Loin du système empirique de partage d’une bande de copains qui louent un grand appartement et définissent leurs règles de vie en communauté, des sociétés comme Roam, The Collective et plus récemment WeWork avec WeLive à New York, et même Mini – BMW avec Living Building à Shanghai, se sont saisis du sujet pour en faire une location d’espace avec une offre de services. Et c’est là toute la différence ! Dans ces villes-monde (Paris, New York, Londres, Hong Kong, Tokyo, etc.) où le marché immobilier est souvent très tendu, ces nouveaux acteurs apportent une solution « clé en main » à une population de locataires prêts à vivre dans des espaces privatifs souvent réduits, en contrepartie d’une offre complémentaire allant de la moyenne gamme au désormais très haut de gamme – 3 000 $ par mois chez WeLive, c’est-à-dire à peine moins que le marché résidentiel.

En effet, le panel est varié et plus ou moins novateur. Zoku, à Amsterdam, est un « home office hybrid » qui promeut une vie « sociale et locale » comme remède à l’isolement des travailleurs nomades. Pour quelques nuits (à partir de 130 €) ou plusieurs mois, en dortoirs, ou en mini-lofts équipés d’une kitchenette et autres commodités, vous séjournez dans cet auberge-hôtel d’un nouveau genre. À Londres, The Collective a inauguré en 2016 Old Oak, un projet immobilier sur mesure de 11 étages pour 546 chambres louées à partir 220 £ la semaine, incluant wifi, pressing, électricité… et taxes locales. Destinés aux jeunes actifs londoniens, les espaces communs (gym, spa, salle de jeux, dining-room, cinéma) sont accessibles aux résidents et leurs invités pour créer une communauté ouverte vers l’extérieur.

Par effet de ricochet, la conception de ces nouvelles entités hybrides questionne toute la filière de production du logement. Tandis qu’Ikea devient un acteur incontournable de la production d’habitat modulaire, les architectes et designers sont amenés à réfléchir ensemble à des projets flexibles intégrant des programmes très variés : laverie, garderie, cafés, jardins partagés, etc. Cette problématique est loin d’être anecdotique. Proposer de petites cellules de 20 à 25 m2 qui condensent lieu de vie, lieu de travail et espaces communs nécessite : de dessiner une trame permettant une modularité dans le temps, de trouver des solutions acoustiques et d’adapter toutes les gaines nécessaires à la bonne marche du bâtiment. Le modèle s’affûte, mais on ne sait pas anticiper la demande pour les bureaux, l’offre hôtelière ou les mini-lofts. Ainsi, tout doit pouvoir évoluer pour passer de l’un à l’autre (bureaux/logements et inversement) uniquement avec des travaux de second œuvre, plus « lights ». Colonies à Paris, Urban Campus en banlieue ou Covivio en France se sont déjà lancés dans l’aventure, mais les investisseurs comme les propriétaires font encore preuve de pusillanimité face à l’effervescence du modèle.   

Le projet de coliving La Fraternité, à Montreuil, conçu par Nicolas Laisné Architectes et Triptyque, comprend également des logements. Les rez-de-chaussée sont gérés par Emmaüs et Sinny&Ooko pour proposer une programmation alternative et conviviale autour du réemploi – © NicolasLaisnéArchitectes-Triptyque