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Les nouveaux usages, le pouvoir des lieux

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Révolution

L’hôtel est mort, vive l’hôtel ! La révolution gronde dans le secteur de l’hôtellerie. Elle gronde sous les assauts de la digitalisation à outrance, incarnée par la fièvre Airbnb. Elle gronde aussi sous les coups de butoirs des millennials, cette espèce que tout le monde s’arrache. Elle gronde enfin sous l’appel au pouvoir des lieux, une incantation hautement contemporaine. Une revendication légitime et sourde qui transforme nos expériences, rehausse nos villes et transforme nos vies.

Dans l’aspiration du boutique-hôtel inventé un jour de 1984 à New York par une certaine Andrée Putman, l’hôtellerie n’en finit plus de se réinventer. Hier, c’était une préoccupation esthétique. Aujourd’hui, c’est un impératif économique. Poste d’observation avancé de la nouvelle épure de l’immobilier basée sur les usages, l’hôtellerie est un incroyable terrain d’expérimentation de la ville de demain et une formidable source d’inspiration. Pour les bureaux, qui vivent sans doute la plus grande transformation de leur histoire. Pour les commerces, qui doivent se réinventer sous peine de disparaître.

Luxe, économique, ou tout simplement urbain : l’hôtel revisite tous les codes, renverse la table des modèles établis et refuse les standards qui ont fait, encore avant-hier, sa fortune. Les nouveaux territoires de l’hôtellerie empruntent des chemins plus sinueux, plus vertueux aussi. Ce mouvement n’épargne aucun modèle. Le luxe revisite son histoire et sa promesse. Les nouveaux venus invitent – exhortent même – ses résidents à sortir de leur chambre pour s’ouvrir sur l’extérieur et/ou à vivre une nouvelle expérience du voyage. Les enseignes traditionnelles osent les concepts les plus fous. Après la révolution, une nouvelle séquence de l’histoire s’ouvre pour l’hôtellerie. Il faut maintenant la vivre.

Regard croisés d’un major de l’industrie immobilière et d’un aménageur ou architecte d’intérieur

Interview

Bernard Mounier & Tristan Auer

Avec l’Hôtel de Crillon, Bernard Mounier, directeur général délégué de Bouygues Construction Bâtiment France Europe, et Tristan Auer, architecte d’intérieur éclectique, installent le palace parisien dans le XXIe siècle. Impressions croisées sur un chantier d’exception entre patrimoine et modernité.

Par Aurélien Jouhanneau et Emmanuelle Graffin
Photos : Margaux Demaria pour in interiors

Les tendances de l’aménagement qui révolutionnent les usages

Intendance

« Penser le bien-être de l’occupant fait partie intégrante du projet d’architecture »

Archimage, agence d’architecture tertiaire indépendante, accompagne depuis 28 ans les entreprises dans leur aménagement intérieur. Parmi ses clients : Danone, SFR, SNCF, One Point, Gide, L’Oréal, Le Monde… Rencontre avec Alexandra Corric, architecte et fondatrice de l’agence, qui expose sa vision du bien-être au travail.

Propos recueillis par Emmanuelle Graffin

in interiors : Il y a 28 ans, vous aviez compris qu’il fallait faire rimer bien-être, mètres carrés et fonctionnalité au sein d’un espace de travail. Pourquoi cette approche ?
Alexandra Corric : Quand j’ai fondé Archimage il y a 28 ans, cette approche n’était pas envisagée dans l’immobilier tertiaire. L’obsession de la rentabilité des mètres carrés, l’occupation de l’espace qui devait être avant tout fonctionnelle, étaient des priorités. J’ai créé Archimage avec la volonté d’aider les entreprises à communiquer sur leurs souhaits en matière d’aménagement car, pour moi, penser le bien-être de l’occupant fait partie intégrante du projet d’architecture. Au cœur de ce que l’on dessine, se trouve celui qui va habiter l’espace. Aujourd’hui, cette thématique est une priorité des appels d’offres. Il était temps de mettre le bien-être du collaborateur au cœur du projet.

ii : Comment traduisez-vous le bien-être au travail en termes d’espace et d’aménagement ?
AC : Je ne suis pas favorable à la « googlelisation » de l’espace, avec le toboggan et le baby-foot comme réponse au bien-être des collaborateurs. Ces derniers souhaitent travailler au mieux dans un espace en adéquation avec leurs besoins. Si c’est la lumière, la réponse sera la lumière, si c’est se regrouper à plusieurs, nous créerons des espaces de réunions. Il existe autant de réponses qu’il y a de métiers. Pour un client, il est important de travailler de manière différente dans une même journée. Chez Archimage, nous organisons des workshops en amont ou suivons des collaborateurs sur une journée type pour définir les besoins en matière d’aménagement et répondre au mieux à leur bien-être dans notre proposition architecturale. L’architecture d’intérieur doit aussi porter les valeurs de l’entreprise et l’image qu’elle veut donner. Cela n’empêche pas un supplément d’âme. Pourquoi le collaborateur n’amènerait-il pas un objet qu’il a envie de voir sur les étagères, une façon de dire qu’il y a une part de lui dans l’entreprise ?

Également au sommaire

  • Éternelle nature
  • Merci Raymond pour le design
  • Vers un urbanisme agricole
  • Le défi de la nature de Tadao Ando
  • Le social Hub de Sodexo
  • Design des sens
  • Coworking… pardon, wellworking
  • Bienvenue au travail
  • De Bowie à Michael Jackson
  • En toute liberté
  • Passerelle inclusive
  • Connected free by Bene
  • Ornemental + digital
  • Une lampe solaire hybride
  • Dassault Systèmes introduit la réalité virtuelle et augmentée dans la décoration d’intérieur
  • Design et maisons d’artistes
  • Lafayette Anticipations présente Fujiwara
  • L’écosystème en mouvement de Tomas Saraceno
  • L’art de la palissade
  • L’appel de la forêt
  • Pluie de porcelaine fait Eqho
  • Le cinquième mur
  • A la rencontre d’Eri Angiboust, Muzéo

Les objets, mobiliers et équipements innovants

Indesign

Artisanat cinq étoiles

Au cœur de Copenhague, la chaîne danoise Brøchner Hotels vient d’ouvrir un hôtel cinq étoiles, premier de la marque, dans un ancien poste de transformation électrique des années 1960. Du lobby aux chambres du Herman K, décryptage d’assises « multisensorielles » dans ce lieu construit pour des machines.

par Sophie Roulet

Dans cet hôtel de 31 chambres, dont l’entrée s’ouvre sur un spectaculaire espace de 12 m de hauteur, les assises aux couleurs sombres de la marque allemande Freifrau ont été choisies pour leurs courbes autant que pour leurs matériaux. Produite au plus haut des standards de l’artisanat, la collection Leya propose une « expérience multisensorielle » entre bois parfumé, cuir souple et tissus moelleux. Noirs ou vert foncé, fauteuils et tabourets au confort absolu et à l’élégant piétement s’accordent avec l’ambiance des divers espaces du très luxueux hôtel Herman K. « Des pièces à transmettre de génération en génération. C’est pour cette raison que les matériaux doivent rester beaux et agréables, même s’ils ont été utilisés pendant de nombreuses années », précise le duo de designers Hoffmann et Kahleyss qui vient d’enrichir la collection avec le nouveau Leya Swing. Son assise suspendue, tissu intérieur et extérieur cuir, de dimensions confortables (74 cm de hauteur, 70 cm de largeur et 85 cm de profondeur), devient une sorte de balançoire conçue à partir de l’assise Leya de base à laquelle les designers ont ajouté des œillets en métal et des courroies de cuir pour la suspendre, « un véritable challenge pour s’adapter aux différentes hauteurs de plafonds », précisent-ils. Expérience « multisensorielle » assurée.

Également au sommaire

  • Gio Ponti, créateur du « mieux-vivre »
  • Gammes en résonance
  • Fascination
  • BMA Group imagine pour Saegus les bureaux du futur

Le dossier de fond au cœur de la transformation des intérieurs immobiliers

Instantané

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Jamais peut-être l’hôtellerie n’aura vécu un tel bouillonnement. Bousculée au quotidien par l’émergence des plates-formes en ligne, l’hôtellerie des grandes enseignes du secteur comme celle des indépendants se réveille. L’hôtel devient un véritable lab vivant du design et des nouveaux concepts où il faut proposer une nouvelle expérience à une clientèle de plus en plus exigeante, infidèle et volatile.

Une expérience à vivre sous tous les angles. Nous en proposons quatre dans ces pages. L’expérience du luxe, qui lui aussi est contraint de se réinventer tous les jours et de s’ouvrir à de nouvelles populations sans renier son histoire. L’expérience du voyage, bien évidemment, dans le temps ou dans l’espace, aussi bien au bout du monde qu’au bout de la rue. L’expérience hors de la chambre, car l’hôtel se (re)découvre une vie, une âme, un sens dans ses espaces communs. Enfin, l’expérience que l’on n’attend pas. Celle de l’insolite. Celle qui fait qu’un hôtel sera toujours un objet immobilier un peu particulier.

Un tour d’horizon des réalisations qui font l’actualité

Inside

Twist contemporain et perles de caviar

L’emblématique restaurant « La Maison du caviar » situé rue Quentin-Bauchart près des Champs-Élysées, vient de réouvrir ses portes après son rachat par le groupe Noctis, acteur de la restauration et propriétaire notamment du club privé parisien Chez Castel. Le studio Oitoemponto, littéralement « huit heures pile », a eu carte blanche pour conserver l’ADN de cette institution mythique, créée en 1956 par l’importateur Caviar Volga sous l’impulsion de Sa Majesté le shah d’Iran, soucieux d’avoir un écrin parisien luxueux pour y déguster le fameux caviar d’Iran dont il avait donné l’exclusivité… Pour réinventer le lieu, le duo de décorateurs franco-portugais Jacques Bec et Artur Miranda ont choisi de « remasteriser dans un twist contemporain à la fois le Paris des années 1930, l’esprit du paquebot Normandie, le chic de l’Orient Express et le glamour pimpant des années 1950 ». Aujourd’hui, « La Maison du caviar » version 2018 semble avoir traversé le temps autour de son bar iconique dominé d’un esturgeon en verre dépoli. Dès l’entrée, murs de travertin et boiseries plissées d’iroko vernis mettent en scène la courbe sinueuse du fameux comptoir des années 1950 en mélaminé noir invitant à déguster bulles de champagne et perles de caviar sous un plafond en vague de stuc constellé d’étoiles d’or. Dans ce nouvel écrin retrouvant son atmosphère d’origine, tabourets et banquettes se détachent sur une moquette dont les ondes s’accordent avec le plafond et le marbre « rosso levante » des marches menant au restaurant. Mixant les références aux années 1930, 1940, 1950 et 1970 entre murs lumineux et grilles de bronze patiné, le premier salon avec sa moquette « mosaïque de marbres » toscane et ses corniches en plafond dorés à la feuille mène à une seconde salle à manger où le studio Oitoemponto a imaginé un décor d’aquarium avec ses algues et coraux mordorés. Plafonniers oursins, appliques corail d’Hervé Van der Straeten, et miroir cloisonné de bois et laiton signé Oitoemponto, sans oublier une console à la Ruhlmann interprètent ici avec brio le twist de cet univers réactualisé. SoR

Également au sommaire

  • Nouveau terrain de jeu pour Média-Participation
  • A la croisée de l’Art déco et du végétal
  • Des bureaux sur mesure pour Mayer Brown
  • Acqua di Parma investit Dubaï
  • A la table d’Ora-Ïto
  • Du spectacle au bar
  • Discrètes Deux Girafes
  • La métamorphose du Rennaissance Paris Vendôme
  • Promesse champêtre
  • Le so chic Louvre Piémont
  • Student Factory, la résidence étudiante nouvelle génération
  • La maison d’un collectionneur
  • Pignon sur rue pour Monolithe édition
  • L’éphémère Private Choice
  • Quartus fait renaître Christofle de ses cendres
  • A la rencontre d’Alfonso Femia

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